Dimitri Storoge explore le registre de la comédie avec Deep

Dimitri Storoge, ici avec Alyzée Costes, dans Deep, une série audacieuse. (c) White Lion Films - Ciné+ OCS

En 25 ans de carrière, Dimitri Storoge a eu l’occasion de tourner avec nombre de grands réalisateurs, de Cédric Klapisch à Jean-Jacques Annaud, en passant par Olivier Marchal, Nicolas Vanier ou encore Jean-Marie Poiré. Mais sa présence sur Deep, un petit OVNI dans le monde des séries actuellement diffusé sur Ciné+ OCS, est liée à un autre réalisateur, peut-être un peu moins connu du grand public : Aurélien Molas.

« Je l’ai rencontré sur la série La Révolution sur Netflix, où il était showrunner. On s’est bien entendus, on se parlait de nos projets et on s’était dit qu’on bosserait de nouveau ensemble un jour ou l’autre, précise-t-il. J’avais très envie qu’il me dirige et, dès qu’il m’a parlé de son projet, j’ai trouvé ça très intéressant, différent et amusant à faire. »

Deep a pour cadre la Seconde Guerre mondiale, avec la création d’un petit commando chargé d’infiltrer le camp ennemi pour voler un sous-marin révolutionnaire de l’Allemagne nazie. Dimitri Storoge incarne l’un des membres choisis pour cette mission. Seul petit hic : ces hommes ont davantage un profil de pieds nickelés que de super-héros sortis d’un Marvel ou d’un James Bond, et ils ne se doutent pas de la spécificité de ce sous-marin.

Habitué à jouer des personnages plus sombres ou des voyous, il se réjouit d’évoluer dans un nouveau registre : « C’est la première fois qu’on me propose un rôle un peu dans la comédie, indique-t-il. Les réalisateurs ne le soupçonnaient peut-être pas jusque-là, mais j’avais cette envie de faire rire, de montrer que je pouvais aussi être drôle. Un héros qui n’a pas de fêlure, ça n’a pas d’intérêt. On parle souvent de ces acteurs comiques qui rêvent d’avoir leur Tchao Pantin, mais jamais du chemin inverse. »

Dimitri Storoge n’a toutefois absolument pas fait cette série pour s’ouvrir de nouvelles portes : « Tu ne peux pas tourner avec cette intention-là, d’autant que tu prends le risque d’être déçu, insiste-t-il. Ça fait très longtemps que j’ai arrêté de me faire des films sur ce qui va ouvrir des portes ou non. Ça prend tellement de chemins surprenants à chaque fois. »

Le comédien a surtout choisi de se lancer dans une aventure audacieuse : « Ce qui est bien avec les séries OCS Signature, c’est qu’on a la liberté de faire des choses en dehors des sentiers battus, apprécie-t-il. Rien que le fait que la série soit en noir et blanc amenait quelque chose d’intéressant sur la forme. On a été éclairés comme dans un film en noir et blanc et, pour les costumes, ce sont davantage les matières que les couleurs qui importaient. En plus, franchement, on est tous plus beaux en noir et blanc. »

La contrepartie de cette liberté fut la nécessité de tourner rapidement, d’être efficace : « Il fallait vite créer des interactions avec les gens de mon commando, mais aussi avec la cheffe de la Résistance, jouée par Alizée Costes. Après, comme c’est un jour, une mission qui se répète, on a pu tourner beaucoup de scènes dans un même décor. On était juste accrochés à la script comme à notre mère pour qu’elle nous rappelle où on en était exactement dans l’histoire, car au bout d’un moment, on se perdait un peu », sourit-il.

Déjà primée au Festival de la fiction de Sète, la série a plutôt reçu un bon accueil du milieu, en attendant celui du public. Dimitri Storoge, lui, travaille sur un retour au théâtre et sera prochainement à l’affiche d’une autre série signée Martin Bourboulon et Louis Farge, qui sera diffusée sur Apple TV+ et évoquera l’enlèvement de la fille cachée du président de la République française et ce qu’il va mettre en place pour essayer de la récupérer.

« Deep », une série en huit épisodes de 26 minutes réalisée par Aurélien Molas, avec Dimitri Storoge, Alizée Costes, Ilyes Salah et Foëd Amara.

Alicia Fall à cloche-pied et à vitesse grand V

Alicia Fall vient d'être récompensée au New-York international film awards (c) Jordan Shearer

Mannequin, présentatrice météo, animatrice musicale, journaliste, productrice et réalisatrice, Alicia Fall a déjà vécu mille vies ces dernières années. Mais nul doute que c’est de son dernier projet dont elle est la plus fière avec l’écriture et la réalisation du court métrage À cloche-pied, qui a obtenu, il y a quelques jours, le prix du meilleur film autobiographique au New York International Film Awards.
« J’ai toujours aspiré à faire du cinéma. Je m’étais dit que je commencerais ma carrière devant la caméra et que je la terminerais derrière, mais j’ai longtemps eu le syndrome de l’imposteur. J’ai quand même fini par me lancer dans ce projet autobiographique dont le but est de sensibiliser aux violences domestiques faites aux enfants et d’en faire un objet utile en sillonnant les écoles pour porter une parole, aider des enfants, mais aussi des adultes qui portent de lourds secrets sans jamais en parler. »
Pour être prête à s’engager dans cette aventure, Alicia Fall a eu besoin d’un peu de temps, notamment celui nécessaire à la digestion de sa propre histoire : « Ça fait partie de ma vie et de celle de tellement d’autres personnes, mais il fallait du temps, de la maturité, accepter de m’approprier ce mal pour le transformer en quelque chose qui a du sens. »
Si le tournage avec ses propres enfants a été plus compliqué à gérer qu’elle ne l’avait imaginé, Alicia Fall, récompensée en 2025 par un Isuccess Awards à Cannes, a déjà plein d’autres défis en tête. Elle travaille à une version longue de son court métrage et elle a écrit une série actuellement en développement, qui devrait s’intituler Milkshake.
« C’est l’histoire d’un demi-frère et d’une demi-sœur que leur mère oblige à vivre tout un été avec leur famille respective. Elle est lesbienne, intermittente du spectacle ; lui est un comptable raté, malhonnête, homophobe, qui ne supporte pas ses origines africaines. C’est un mélange de classes sociales, de cultures et de religions, d’où le titre Milkshake. C’est une dramédie sociale, mon genre de prédilection. J’ai déjà eu des accords de principe de comédiens dont j’admire le travail, comme Pascal Légitimus, Frédérique Bel, Kyan Khojandi ou encore Firmine Richard. »
La réalisatrice ne ferme pas la porte à un retour un jour à la télévision, mais elle considère aujourd’hui le cinéma comme « le meilleur espace d’expression » pour aborder les thématiques dont elle veut parler.

Yassine Azzouz a un agenda bien rempli sur la Croisette

Yassine Azzouz enchaîne les succès dans les séries comme au cinéma. (c) David Atrakchi

Il a joué dans la série Gossip Girl, dans des films comme Redemption Day, La Désintégration ou encore Les Derniers Parisiens, mais c’est aussi pour une autre œuvre que l’acteur Yassine Azzouz sera présent ces prochains jours à Cannes. Il viendra représenter Guru, une mini-série de 2 x 35 minutes, inspirée d’un court métrage qu’il avait réalisé et dans lequel il tenait le rôle principal en 2014. Cette œuvre lui vaut aujourd’hui une nomination au titre de meilleur showrunner pour une série internationale indépendante lors de la cérémonie des I Success Awards.

« La série parle d’un mec qui découvre qu’il a un don lorsqu’il est sous substance : celui de pouvoir lire dans les pensées des femmes », explique-t-il. « Un pouvoir qu’une firme mystérieuse va vouloir utiliser pour satisfaire les besoins d’un émir, largué par sa petite amie, qui va s’avérer ne pas être exactement celle qu’il croit. »

Si la série n’a pas encore été achetée en France, elle fait un véritable carton aux États-Unis. « Elle est disponible sur trois plateformes : Amazon Prime Video, Apple TV et Tubi, et comptabilise des millions de vues », se réjouit-il. Obtenir une distinction sur la Croisette, le mercredi 20 mai, serait forcément une belle opportunité de mettre la série en lumière et ainsi, peut-être, de trouver un acquéreur pour une diffusion en France.

Le comédien est aussi pressenti pour être récompensé, deux jours plus tard, lors de la soirée des Global Travel Awards. « C’est un dîner qui met en lumière des gens qui ont travaillé hors de leur continent d’origine et qu’on ne voit pas nécessairement dans la presse. J’ai été convié car j’ai travaillé en Europe (France), en Afrique (Maroc) et en Amérique (États-Unis). »

Yassine Azzouz se réjouit également d’assister à la projection de deux courts métrages de Sébastien Abdelhamid, dont Ice Ice Bye Bye, dans lequel il joue et qui a déjà été sélectionné dans une vingtaine de festivals. « Le film évoque la plus grande campagne de déportation aux États-Unis, un sujet vraiment d’actualité avec la politique menée par Donald Trump », précise le comédien, impatient de découvrir le deuxième, tourné au Japon. « Pour le coup, je ne suis concerné ni en tant qu’acteur ni en tant que producteur, mais simplement pour découvrir son travail en tant que passionné de cinéma. »

Entre héritage et modernité, Passi continue d’écrire l’histoire du rap

Passi vient de sortir son nouvel album solo. (c) David Delaplace

Son nom est pleinement associé à l’histoire du rap en France. L’an prochain, Passi fêtera d’ailleurs le trentième anniversaire de son premier album, Les Tentations. Mais dès le début des années 1990, l’artiste avait déjà posé son empreinte dans l’univers musical avec la création du Ministère A.M.E.R., en compagnie, entre autres, de son ami Stomy Bugsy. Depuis, il a multiplié les projets, collaboré avec de nombreux artistes et inspiré de nouveaux talents. Il s’est aussi essayé à d’autres domaines : tantôt acteur, tantôt réalisateur de clips, mais aussi producteur dans la musique comme dans le cinéma, ou encore patron de label.

Un programme tellement chargé que ses fans s’impatientaient de le voir sortir un nouvel album. C’est chose faite depuis quelques semaines avec Bande originale, paru treize ans après Ère Afrique. « Certains estiment même que c’était plutôt un concept, un tour de l’Afrique en duo, et qu’il fallait remonter à Évolution, en 2007, pour avoir un véritable album solo de Passi », sourit-il.

« J’ai la chance que les gens m’appellent pour beaucoup de choses. Ces dernières années, j’ai aussi enchaîné les tournées avec L’Âge d’or du rap ou pour des concerts anniversaires de Ministère A.M.E.R. ou du Secteur Ä », rappelle-t-il.

En plus de trois décennies, l’industrie de la musique a évidemment beaucoup changé. La façon de consommer a évolué avec l’apparition du streaming, des réseaux sociaux et des nouvelles technologies. Autant d’évolutions auxquelles Passi a toujours su s’adapter. Souvent avec l’aide de jeunes davantage connectés au sein de son équipe, mais sans jamais renier sa démarche initiale.

« Avec Ministère A.M.E.R., on disait déjà qu’il suffisait d’ouvrir la fenêtre et de regarder ce qu’il se passait en bas pour avoir des tas de choses à raconter, se souvient-il. Aujourd’hui, c’est pareil. J’observe la société et, de ma position, je donne mon point de vue. Je ne suis plus le Passi de 18 ans qui voulait crier sa révolte ; je gère ma fougue différemment, mais je crois qu’il est important de continuer à donner son point de vue. Je me nourris de tous ces jeunes qui passent régulièrement dans mon studio. Il y a aussi des gens qui viennent me sortir de ma zone de confort, qui m’ont poussé sur certaines productions, sur certains flows. Je me suis beaucoup amusé, mais on a bien bossé. L’album est tel que je le voulais, plutôt éclectique. C’est bien de montrer plusieurs facettes. »

Bande originale est presque, à lui seul, un condensé de l’histoire du rap, grâce aux collaborations élaborées avec des artistes de différentes générations. Akhenaton, Bisso Na Bisso, Les Neg’Marrons, Uzi, AMK, Les Sages Poètes de la Rue et bien d’autres encore ont répondu à l’appel de Passi. « J’aurais dû les inviter depuis longtemps, estime-t-il. Après, ce n’est pas facile de rassembler tout le monde. Il y a des gens que j’aurais voulu avoir, mais qui n’étaient pas disponibles. Mais ça fait plaisir de montrer les différentes écoles du rap : celle du Sud, de l’Est, les Marseillais, le 9.2 ou encore le 9.5. Il ne faut pas oublier ce que chacun a pu apporter artistiquement. On connaît le chemin de chacun, on se respecte. On sait notamment, avec ceux présents sur le titre Les Saigneurs du micro, que l’on fait partie des bâtisseurs de cette culture. Et puis il y a les jeunes qui amènent de nouvelles choses ; c’est bien de composer avec leur modernité. »

Bonne nouvelle : Passi a encore plein de titres en stock et il n’attendra sûrement pas plusieurs années, cette fois, pour sortir un nouveau projet.

Bande originale, le nouvel album de Passi, est disponible depuis le 24 avril. Il sera en showcase chez JOST Lille le 19 juin.

Skip the Use a pris le temps de se réinventer

Le groupe lillois Skip the use est de retour avec un nouvel album. (c) Nicko Guihal

Quatre ans que leurs fans attendaient ça ! Depuis Human Disorder, sorti en 2022, tout le monde guettait le nouvel album de Skip the Use. Depuis quelques semaines, le manque est comblé avec Love and Anxiety, que les membres du groupe ont volontairement pris le temps de construire.

« On a pris une grosse pause, mais aussi le temps d’essayer de nouvelles choses, confie le bassiste Nelson Martins. Entre ces deux derniers albums, chacun est parti faire des choses différentes. Donc, au moment de se retrouver, tu ne reviens pas avec le même bagage ni les mêmes envies. Ça a quand même été dur, au début, de s’aligner, de trouver le bon rythme ensemble. Du coup, on a écrit plein de morceaux, on a commencé l’album puis on l’a recommencé plusieurs fois, et ça a fini par faire naître un concept avec ces deux émotions : love et anxiety. À partir du moment où ce concept s’est imposé à nous, ça a tout fluidifié. »

« Quand un concept sort sans qu’on l’ait calculé, c’est que c’est le bon, prolonge Mat Bastard. À une époque où les rapports humains et sociaux sont remis en question, on s’est aperçus qu’il y a toujours une balance qui définit les relations entre les individus. Par exemple, pour nous, faire un concert, ce n’est pas un stress, c’est plutôt une récréation : on se marre, on passe un bon moment. Alors que pour d’autres artistes, ça génère un stress immense, ça fait même vomir certains. Cette balance love and anxiety, elle est valable pour tout : les relations amoureuses, l’amitié, la parentalité, la politique, la culture, la spiritualité… »

 

Pour ce nouvel opus, Mat Bastard a souhaité faire évoluer le fonctionnement du groupe : « Je voulais que chacun vienne avec ses chansons de A à Z. Ça n’empêchait pas que quelqu’un puisse amener sa plus-value, ses idées, mais que ce soit celui qui a apporté le titre qui indique où il veut aller, ce qu’il veut raconter. Ça responsabilise chacun, sourit-il. En réécoutant l’album, je pense vraiment que les chansons restent fidèles aux démos de départ. Je pense notamment à Grew Up Mad, qui reste à 95 % dans l’ADN de ce que Yan Stefani avait amené et écrit au départ. Je crois que c’est grâce à ça que cet album est, à nos yeux, aussi abouti. »

Skip the Use a aussi opté pour une démarche que certains ont jugée moins frontale : « La culture du truc qui fait le buzz, qui fait du bruit mais qui disparaît aussi vite qu’il est apparu, ça nous faisait chier. On voulait vraiment titiller, que ça reste dans la tête, que ça provoque une vraie réflexion. Je ne cherche pas à faire des chansons que les gens aiment, mais j’espère qu’ils les écoutent, et même que ceux qui sont mes cibles les détestent. On essaie d’être encore plus incisifs, plus subtils dans les textes. »

« Depuis que nous sommes arrivés dans le projet, il y a dix ans, l’intégration a été progressive. Au début, on était là sur l’album, mais c’étaient vraiment de petites touches à gauche, à droite. Ça restait surtout les chansons de Mat et de Yann, on était encore en formation, en développement », s’amusent Nelson Martins et le batteur Enzo Gabert, le benjamin du groupe, convaincus que Love and Anxiety est l’œuvre la plus réussie de Skip the Use depuis qu’ils sont tous les quatre réunis.

L’album Love and Anxiety est en vente au prix de 15,99 €. Skip the Use sera en concert à L’Aéronef le 22 janvier 2027.