« À pied d’œuvre », le prix de la liberté artistique

Bastien Bouillon est remarquable dans le film de Valérie Donzelli (c) Christine Tamalet

Quel est le prix à payer pour garder sa liberté artistique ? Peut-on accepter d’aller jusqu’au déclassement social pour faire ce qui nous anime profondément ? Toutes ces questions font l’objet du nouveau film de Valérie Donzelli, une adaptation du roman de Franck Courtès À pied d’œuvre, sorti en salle le mercredi 4 février.

Remarquable, comme souvent, Bastien Bouillon y incarne le rôle principal, celui de Paul Marquet, qui décide de quitter son métier pour se consacrer pleinement à sa passion : l’écriture. Très vite, l’homme se heurte à la réalité de la vie et à la nécessité d’enchaîner des petits boulots mal payés pour subsister. Pas toujours bien considéré et souvent invisibilisé, son personnage sombre dans la pauvreté sans pour autant s’en plaindre ni renoncer à ses objectifs.

« Il se trouve que je connais beaucoup d’artistes qui ne vivent pas de leur art, pour qui chaque sou compte, surtout quand ils ont des enfants, indique Valérie Donzelli. Je me suis aussi identifiée à titre personnel, déjà en tant que cinéaste. Quand j’ai fait mon premier film, j’ai eu une super presse, mais je n’ai pas été payée : j’étais totalement fauchée, endettée. Et puis, j’ai aussi eu un grand-père sculpteur et peintre qui a vécu dans une grande pauvreté et qui a découragé mon père de la voie artistique. Quand j’étais petite, j’ai vu mon père changer souvent de travail, faire des dépressions, car il était malheureux dans ce qu’il faisait, mais il fallait bien faire bouillir la marmite avec quatre enfants à la maison. Mon père était en colère quand j’ai arrêté mes études d’architecture, mais je n’avais pas foi dans ce métier et je m’étais toujours dit qu’il fallait que je travaille dans une profession qui me plaise. »

Convaincue par le propos du livre de Franck Courtès, Valérie Donzelli a également été intéressée par la démarche artistique. « J’avais envie de montrer, grâce aux différents outils du cinéma, la difficulté d’écrire et ce personnage qui n’attend rien de personne, quelque chose qui n’est dramaturgiquement pas évident à raconter. Ce qui me plaît quand je fais des films, c’est d’essayer des choses par la mise en scène, avec des formes différentes. »

Selon la réalisatrice, au-delà de la difficulté de la création artistique, ce film était aussi l’occasion d’évoquer « le monde dans lequel on vit, dans lequel on ne se reconnaît plus, poursuit-elle. C’est aussi donner du sens à ce que l’on fait, le lien aux autres, l’amour… »

À pied d’œuvre, de Valérie Donzelli. Avec Bastien Bouillon, Virginie Ledoyen. En salle depuis le 4 février.

Notre sélection de spectacles du 9 au 15 février 2026

Agenda 2 fevrier 2026

 Chaque samedi, nous vous livrons désormais nos suggestions de sorties dans la métropole lilloise pour la semaine suivante…

 Nos 5 coups de cœur du 9 au 15r février

 1. Clara Luciani

L’artiste est attendue mardi au Zénith de Lille pour défendre les chanson de son dernier album, « Mon sang », écrit et composé alors qu’elle attendait son premier enfant, et sorti en fin d’année 2024.

2. Elena Nagapetyan

Ses vidéos sur les réseaux sociaux et ses chroniques à la radio font toujours mouche. Avec son franc parler et son délicieux accent, Elena Nagapetyan noue des interactions savoureuses à son public. Ne ratez pas l’occasion de la voir sur scène, ce mercredi 11 février (20 h) au Zénith de Lille.

3. La vérité

Un casting de premier plan sera sur la scène du Colisée de Roubaix, le jeudi 12 février, pour la pièce « La Vérité », sur le thème du mensonge. Stéphane De Groodt, Clotilde Coreau et Sylvie Testud s’en donnent à coeur joie.

4. Dany Boon

Après y avoir déjà joué son dernier spectacle « Clown n’est pas un métier » plusieurs fois l’année dernière, l’humoriste from Armentières Dany Boon est de retour le samedi 14 février (20 h) au Colisée de Roubaix.

5. Fabien Olicard

Le célèbre mentaliste passe mercredi 11 et jeudi 12 au Spotlight pour le début de la tournée de son nouveau spectacle « 1 h de mentalisme », où il mêle humour et mentalisme, embarquant le public dans un show interactif.

Mais aussi…

Humour : Après voir enchanté le public du théâtre Sébastopol en menant trois soirées de gala du Festival Lillarious, Élodie Poux revient déjà dans le Nord le samedi 14 février pour son spectacle « Le syndrome du papillon ». Plus tôt dans la semaine, Régis Laspalès vient rôder son seul en scène « Régis parle enfin » au Spotlight lundi 9 et mardi 10. Le théâtre Sébastopol accueillera mercredi 11 Tanguy Pastureau puis deux soirs de suite Pierre-Emmanuel Barré. Enfin, Donel Jack’sman sera mardi 10 Aux Enfants terribles à Marquette.

Musique : Chacun de ses retours dans sa région est un événement, Louane sera au Zénith de Lille ce jeudi 12 février pour son « Solo tour ». Cette semaine sera aussi consacrée aux tributes avec Abba Gold qui fera revivre les grands tubes du mythique groupe suédois le mercredi 11 février au Zéphyr de Hem, puis avec « Génération Céline » le vendredi 13 (20 h 30) au Zénith de Lille pour reprendre les plus belles chansons de la diva canadienne. Enfin, Mika vient de lancer sa tournée européenne et sera lui aussi au Zénith le dimanche 15 (19 h).

Théâtre : Deuxième semaine de représentation pour le fantasque pianiste Simon Fache de son spectacle musical théâtralisé, « Novecento », au salon de théâtre de la compagnie La Virgule à Tourcoing. Pour fêter la Saint-Valentin, la pièce « Chéri on se dit tout » sera le samedi 14 au programme du théâtre Sébastopol.

Cléa Vincent en toute intimité à La Condition Publique

Cléa Vincent sera ce dimanche à La Condition publique à Roubaix (c) Marc Shelly

La chanteuse et pianiste Cléa Vincent sera, ce dimanche (17 h 30), avec l’artiste brésilienne Marissol Mwaba, l’une des premières invitées du « Club », un nouveau concept de rendez-vous artistique intimiste imaginé par La Condition Publique à Roubaix. Après un quatrième album, « Advitam Æternamour », sorti en 2024, cette digne représentante de la nouvelle scène pop française a décidé de revenir aux sources avec un projet plus instrumental, concrétisé par la sortie de l’EP Speakeasy.

Dimanche, au sein du « Club » de la Condition Publique, vous allez proposer un concert un peu comme si vous veniez jouer dans le salon des gens. Est-ce le genre de format intimiste que vous aimez expérimenter ?

« Pour être franche, j’étais plutôt adepte des clubs, avec du public debout, du gros son, mais j’avais envie de m’éloigner un peu de ça avec ce projet plus instrumental. J’adore aussi le jazz, les ambiances cosy. J’ai une culture house-électro, mais j’aime aussi être avec des musiciens. J’avais demandé à mon tourneur s’il pouvait me trouver des dates avec un vrai piano.
La vie nous fait souvent faire des boucles : on est obligés de se réinventer, les cartes sont redistribuées. J’avais basculé vers l’électro, mais je reviens un peu à mes premiers pas, en étant une autre femme. C’est un peu comme dans un jeu vidéo, où l’on doit rejouer le même niveau, notre personnage repasse par le même chemin mais en allant un peu plus vite. »

Vous avez sorti l’album Advitam Æternamour en 2024, puis l’EP Speakeasy, un projet plus instrumental. Allez-vous donner un aperçu de chacun lors de ce concert à Roubaix ?

« On a préparé ces concerts en bossant 45 morceaux. J’ai eu l’audace de dire à mes musiciens, que je connais quand même depuis douze ans, que je n’allais pas faire de setlist et qu’on allait piocher un peu sur le vif, presque au hasard. C’est un peu aventureux, car les musiciens aiment avoir une conduite claire, mais on se connaît tellement bien. Il y aura un peu de tout, des titres aussi des EP Tropi-Cléa et sans doute même un morceau que l’on a adapté de Los Fanfarons, un autre de mes projets. »

Vous avez déjà eu l’occasion de venir souvent dans le Nord. Qu’attendez-vous de ce rendez-vous ?

« J’adore venir ici. J’aime l’ambiance de la ville, ces briques rouges. J’ai joué récemment au Bulle Café. Les gens du Nord sont très avenants, ils viennent parler après les concerts. Je connais quelques artistes comme Stella Plage et Quantum Quantum, avec qui j’ai collaboré. Je trouve que le public est à l’avant-garde. Il est averti, attentif, curieux… Il y a chez vous la richesse culturelle de Paris, sans le côté ultra-pressé. Et puis il y a un vrai rapport à la fête. »

Cléa Vincent, ce dimanche 8 février (17 h 30) à La Condition Publique à Roubaix.

Lille, ville étape des ultimes « Parades » de Diane Segard

Diane Segard sera ce samedi au Zénith de Lille avec son spectacle Parades.

Depuis trois ans, Diane Segard a fait le tour de France, des petites salles aux Zéniths. Elle a emmené son premier spectacle, « Parades », à la rencontre des Français, qui lui ont réservé l’accueil que son talent méritait. Son humilité dût-elle en souffrir, l’humoriste occupe désormais une place de choix dans la grande famille du rire. « Je suis encore très jeune, je ne suis qu’au tout début de ma carrière. Je ne me sens pas encore au même niveau que certains artistes que je côtoie, mais je suis déjà heureuse d’avoir accès à eux », confiait-elle en début de semaine, après avoir remis, avec une émotion non feinte, un Auguste d’honneur à Muriel Robin.

« C’est l’une des premières humoristes que j’ai découvertes à la télévision quand j’étais petite. Je suis très admirative de son travail ; ses sketchs sont indémodables et inspireront sans doute encore les prochaines générations d’humoristes, estime-t-elle. J’étais vraiment émue, émerveillée, intimidée de lui remettre ce prix. »

Tout comme elle l’était de tourner aux côtés de Didier Bourdon, Chantal Ladesou ou encore Thierry Lhermitte dans le film « Chasse gardée 2 », sorti il y a quelques semaines au cinéma. « C’était fou, incroyable de jouer avec des gens qui sont des patrons de l’humour en France », précise l’artiste, qui assure ne se « fermer aucune porte » et avoir « l’envie de jouer, quel que soit le média : sur scène, au cinéma, à la télévision, au théâtre… »

Valeur sûre désormais de la scène française, Diane Segard boucle actuellement l’ultime tournée de son premier spectacle, « Parades », qu’elle joue depuis déjà trois ans et dans lequel elle campe toute une galerie de personnages, essentiellement féminins, en pointant leurs outrances, leurs névroses… « Je puise dans le quotidien, ce que je vis, ce que je vois, ce que j’entends, afin que les gens s’y retrouvent et, évidemment, je tire le fil pour en faire des caricatures. »

Pour ceux qui ne la connaissent pas, ne manquez pas l’occasion de voir l’une des dernières dates, ce samedi à Lille, d’un spectacle qu’elle a beaucoup fait évoluer. « Il n’était initialement pas écrit pour de si grandes salles, donc on l’a retravaillé pour que ce soit encore plus un show, à la mesure d’un Zénith. Au fil du temps, on a aussi ajouté, retiré ou fait évoluer quelques personnages », conclut la jeune femme, ravie de retrouver Lille, une ville qu’elle adore « avec un public chaleureux et vivant ».

« Parades », un spectacle de Diane Segard, ce samedi 7 février (20 h) au Zénith de Lille. Prix : de 39 à 59 €.

L’humour comme porte d’entrée à la musique classique

Alex Vizorek célèbre l'union de l'humour et de la musique classique

Alex Vizorek sera ce vendredi soir au Colisée de Roubaix pour un spectacle, « Je n’aime pas le classique mais avec Alex Vizorek j’aime bien », qui mêle musique et humour. « C’est la suite de “Je n’aime pas le classique mais avec Gaspard Proust j’aime bien”. Le but, c’est de montrer aux gens qu’en réalité, ils apprécient des choses qu’ils pensent ne pas aimer », confie l’humoriste.

Pas initié au classique durant son enfance, Alex Vizorek avoue avoir parfois eu un complexe vis-à-vis de cette grande musique, mais il y a pris goût grâce notamment à l’Orchestre national de Lille. « J’ai été convié à venir comme récitant, notamment sur Carmen à l’époque d’Alexandre Bloch. J’avais adoré ces expériences et je me dis que certaines familles ne vont pas voir de concerts de musique classique parce qu’elles doivent penser que ce n’est pas accessible à tout le monde. Parce que c’est moi, elles vont peut-être se sentir autorisées à venir écouter. Si je peux être un trait d’union pour leur montrer que ce n’est pas un monde fermé. »

Pour préparer ce show, Alex Vizorek a demandé à ses musiciens de choisir les morceaux qu’ils aimaient. « En fonction de leurs choix, je me renseigne, j’apprends et j’explique aux gens pourquoi c’est de la bonne musique, poursuit-il. Évidemment, je fais des blagues sur Vivaldi, Mozart, Beethoven, Gershwin, Brahms et ça fonctionne bien. Il y a un peu plus de 50 minutes de musique, entrecoupées par 35 minutes de vannes, donc chacun peut s’y retrouver. J’ai moi-même une très bonne place pour assister au concert : parfois, je relis un peu mes notes quand les six musiciens jouent, mais je me laisse le plus souvent embarqué. Ils sont hyper doués. C’est vraiment un chouette exercice à faire, c’est une autre offre. »

« Je n’aime pas le classique mais avec Alex Vizorek j’aime bien », ce vendredi 6 février (20 h), au Colisée de Roubaix.