Sandrine Kiberlain et Pierre Lottin, la formidable association de « Ceux qui comptent »

Pierre Lottin et Sandrine Kiberlain, une rencontre entre deux êtres pas épargnés par la vie. © JULIEN PANIÉ

Trouver la bonne alchimie entre les acteurs principaux est le rêve de tous les réalisateurs. Pour son long métrage, Ceux qui comptent, en salle ce mercredi 25 mars, Jean-Baptiste Léonetti avait une vision : réunir Sandrine Kiberlain et Pierre Lottin. « Ce sont deux univers complètement différents et je trouvais super l’idée de les faire entrer en collision. Ce n’est pas policé, ce n’est pas lisse, c’est ce qui me plaisait et qui pouvait, à mon sens, donner quelque chose de vraiment intéressant », confie-t-il.

Bonne nouvelle, le désir était réciproque : « J’avais ce réalisateur en tête depuis une dizaine d’années et, dès qu’il m’a appelé, c’était une évidence que j’allais accepter. Le scénario m’a beaucoup plu et jouer avec une grande dame du cinéma comme Sandrine Kiberlain était aussi un plaisir », confie Pierre Lottin.

Découvert par le grand public à travers le personnage haut en couleur de Wilfried Tuche, le comédien trace depuis sa route en délivrant à chaque fois des prestations magistrales, que ce soit dans En fanfare ou dans L’Étranger, qui lui a valu un César du meilleur second rôle il y a quelques semaines. « C’est quand même une concrétisation, la reconnaissance de ses pairs est importante, ce sont quand même les gens du milieu qui nous offrent les rôles et nous font travailler », sourit-il.

Dans « Ceux qui comptent », Pierre Lottin incarne Jean, un homme solitaire, peu bavard, tout en intériorité. En intervenant pour lui venir en aide dans un supermarché, il ne se doute pas qu’il va entrer dans la famille de Rose, maman solo avec ses trois enfants, qui vit dans un monde d’apparences et multiplie les combines et les petites arnaques pour nourrir les siens.

Aussi exubérante qu’il est taiseux, Rose va bousculer le quotidien de Jean. Ces deux êtres, abîmés différemment par la vie, ont pour point commun de ne pas se victimiser. « On a voulu prendre un peu le contre-pied de cette époque qui est “je souffre donc je suis”, insiste Jean-Baptiste Léonetti. Rose a plein de soucis, mais elle n’est jamais dans le pathos. Elle ment, elle triche, elle manipule, mais jamais à son profit. Elle ne pense pas à sa pomme, elle se démène, elle est prête à faire n’importe quoi pour ses enfants. Le personnage de Jean comprend ça et il fait ce qu’il faut pour l’aider. »

Lui-même n’est pas dans une quête d’empathie à son égard : « Il ne se plaint pas de sa situation, il est tout le temps dans l’action. Le temps passé à se plaindre est, à ses yeux, du temps perdu pour trouver un plan B, précise Pierre Lottin. Pour jouer ce dur au cœur tendre, je me suis inspiré de héros de mangas comme dans GTO ou The Lastman, des gars désabusés mais solides. »

Au fil du film, Rose et Jean se rapprochent inéluctablement, mais sans basculer dans une relation de couple. « Initialement, je pensais faire un portrait de femme, puis, avec le personnage de Jean, ça s’est équilibré. Je voulais que le public soit séduit par cette femme, mais je ne voulais pas créer un couple. Je ne voulais pas faire une comédie romantique, mais plutôt aller vers un autre type de relation. » Il y a certes de la tendresse, beaucoup de complicité entre les deux personnages, mais pas de rapport de séduction.

Pour ne rien gâcher, les trois enfants sont très justes, à commencer par Alma Ngoc, qui incarne la petite Emily et apporte un vrai souffle de fraîcheur à la famille. Preuve, une fois encore, qu’il faut soigner son casting, et pas seulement pour les têtes d’affiche.

« Ceux qui comptent », un film de Jean-Baptiste Léonetti, en salle depuis ce mercredi 25 mars, avec Sandrine Kiberlain et Pierre Lottin.

Disney+ fait souffler un vent de modernité sur Lucky Luke

Alban Lenoir est le nouveau Lucky Luke. (c) Disney+

S’attaquer à l’adaptation d’une œuvre à succès est toujours un pari délicat, surtout quand d’autres s’y sont essayés avant vous. « Il y a forcément de la trahison dans l’adaptation, mais on a cherché à être le plus fidèles possible à la démarche de Morris en essayant de l’adapter au média audiovisuel », confie Thomas Mansuit, co-créateur et scénariste de la série Lucky Luke, disponible depuis ce lundi 23 mars sur Disney+ et présenté lors du festival Séries Mania à Lille.

« On a essayé de trahir avec amour, retrouver l’esprit qui nous a fait aimer Lucky Luke quand on était enfants, tout en questionnant ce héros qui a émergé à une période où il n’y avait quasiment pas de rôles féminins et pas une grande psychologie des personnages », indique Mathieu Leblanc, l’autre créateur de la série.

« L’avantage, c’est qu’il s’agit d’un héros solitaire, parfait, qui tire plus vite que son ombre et qui, donc, ne peut jamais être en danger. Partant de là, il faut le désactiver, renverser la table, poursuit ce dernier. On s’est dit qu’on allait le décaler dans le temps, bien après les albums passés et à venir, vieillir un peu Lucky Luke pour qu’il perde un peu de sa superbe, se remette en question pour explorer des choses qui ne l’ont jamais été. »

Jouer avec l’image des icônes, c’est aussi ce qui a amusé Camille Chamoux, qui incarne Calamity Jane : « Le challenge, c’était de faire exister un personnage féminin alors que la bande dessinée était très masculine, mais tout en se disant que cette Calamity Jane est une grosse arnaque, qui invente son histoire. Je trouvais ça intéressant : créer sa propre légende, c’est très Instagram, ça donne une vraie modernité. »

Outre Calamity Jane, deux nouveaux rôles féminins ont été créés : l’un pour Billie Blain, alias Louise, une jeune fille venue demander de l’aide à Lucky Luke pour retrouver sa mère ; l’autre pour Charlie, une aventurière mystérieuse jouée par Alice Taglioni. « La mission, c’était de faire exister un personnage qui n’existait pas, d’en faire quelqu’un que l’on a l’impression de connaître, d’avoir déjà vu dans la bande dessinée, et je pense que l’on a réussi, se réjouit-elle. C’est un personnage au double visage, avec un côté un peu institutrice cool et, de l’autre, un côté assez badass, mais je ne veux pas trop en dévoiler. »

Alban Lenoir, choisi pour interpréter le fameux cow-boy, a, lui, pris plaisir à sortir de sa zone de confort : « Il a fallu que je perde un peu de poids pour tendre à être plus longiligne, ne pas arriver avec une carrure de déménageur, sourit-il. Il a fallu apprendre la technique du revolver, qui est très différente de celle des autres armes contemporaines. Après, ce que je trouvais intéressant, c’était justement d’offrir un autre regard sur Lucky Luke. »

« Lucky Luke », série en 8 épisodes, est disponible sur Disney+ depuis ce lundi 23 mars.

Maison de retraite : une ode à la fraternité entre générations

Michel Jonasz, Firmine Richard, Claudette Walker, Chantal Ladesou et Daniel Prevost ont pris énormément de plaisir à se retrouver. (c) Rubens Hazon - My Family - TF1

Les derniers épisodes de la série « Maison de retraite », signée Kev Adams et Claude Zidi Jr., sont diffusés ce lundi 23 mars (21 h 10) sur TF1. Firmine Richard, qui incarne le personnage de Fleurette, est ravie que les deux films aient eu une suite sous forme de série. « J’étais ravie, car tout le monde ne peut pas aller au cinéma. Grâce à la télévision, la série va vers les gens, et c’est important qu’elle soit vue par le plus grand nombre, car elle parle d’un sujet sérieux et véhicule de très beaux messages, estime-t-elle. Déjà, il y a cette maison de retraite comme on aimerait qu’il en existe partout, et puis il y a l’importance des échanges transgénérationnels entre tous ces vieux et les jeunes venus faire leurs travaux d’intérêt général. Au début, il y a de la méfiance, parfois même du rejet de part et d’autre, mais très vite, ils se rendent compte qu’ils ont beaucoup à s’apporter. »

Firmine Richard ne cache pas non plus son bonheur de tourner avec un casting aussi pléthorique. « Généralement, à un certain âge, on est déjà content d’avoir la chance de travailler encore dans une série ou dans un film, mais le faire en étant si nombreux… Il y a une cohésion qui s’est créée, une espèce de fraternité. Jamais je n’aurais pensé tourner avec Enrico Macias, que j’adorais écouter chanter, Liliane Rovière ou Michel Jonasz. »

Un Michel Jonasz également touché par l’ambiance au sein de l’équipe : « J’étais vraiment content d’aller tourner à chaque fois, car il y avait une vraie fraternité, quelque chose de sincère, assure-t-il. On a joué avec le cœur, et c’est la base. C’est comme dans la musique : on ne peut pas chanter par devoir, juste parce qu’il y a un contrat. S’il n’y a pas le cœur, s’il n’y a pas l’âme, ça ne fonctionne pas. »

Un état d’esprit qu’a pu découvrir la chanteuse Nicoletta, qui n’était pas présente dans le film ni au début de la série : « J’incarne la grand-mère de l’un des jeunes qui travaillent dans la maison de retraite, je joue une grande mytho qui s’invente une vie pour cacher la réalité. Je n’avais pas beaucoup d’expérience en comédie, mais j’ai adoré, d’autant que j’ai retrouvé beaucoup d’artistes que je connais bien. »

« On est contents de retrouver des copains, confirme Daniel Prévost, qui incarne Alfred, un pensionnaire toujours prêt à enquêter. On est là pour distraire : la maison de retraite apparaît comme joyeuse, même si on sait que ce n’est pas forcément comme ça dans la réalité, mais on espère justement que cette série pourra aider à faire bouger les choses. »

« Maison de retraite », épisodes 5 et 6, ce lundi 23 mars (dès 21 h 10) sur TF1. L’intégralité de la saison est disponible en replay sur TF1.

Bruno Solo et Yvan Le Bolloc’h ont retrouvé les fans de la première heure de Caméra Café

Le grand public n'a pas oublié les répliques cultes de Caméra Café. Nicolas Velter - Calt Production - M6

Les rencontres fans à Séries Mania sont des rendez-vous toujours très attendus du grand public, évidemment, mais aussi de la majorité des acteurs, qui apprécient de plonger dans ce grand bain d’affection. Ce fut le cas de Bruno Solo et Yvan Le Bolloc’h vendredi, à l’occasion de la première journée du festival, évoquer Caméra Café. « C’était un moment incroyable, les gens sont contents de nous voir, sourit Bruno Solo. C’est à la fois gratifiant et agréable. Il y avait peut-être quelques curieux mais, évidemment, ceux qui viennent sont ceux qui sont friands de la série. On le voit au moment des photos, des dédicaces : ils connaissent très bien la série, les répliques marquantes. Certains avaient même des jaquettes de DVD. On ne va pas se mentir, il y avait peu de jeunes, notre public a vieilli avec nous. »

« Quand j’ai commencé ma carrière à Europe 1, j’avais accompagné Pascal Légitimus à un déjeuner et j’avais été marqué par les hommages sincères d’une fan qui le remerciait pour le bonheur et la joie qu’il avait pu lui apporter avec Les Inconnus. C’est un peu ce que j’ai ressenti grâce à ces gens qui, avec une émotion qui n’était pas feinte, nous ont remerciés de les avoir fait rire, de les avoir aidés à passer des moments difficiles, d’avoir égayé de mornes soirées d’hiver », confirme Yvan Le Bolloc’h.

« On ne s’en lasse pas, avoue Bruno Solo. Ce n’est pas narcissique de le dire mais on fait quand même ce métier parce que l’on a la prétention de croire qu’à un moment, on va plaire au plus grand nombre. Il n’y a rien de plus terrible pour un comédien que lorsque ça ne marche pas : on est vidés de notre moelle, du sens même de notre vie. À l’inverse, quand ça fonctionne, quand les gens vous manifestent leur amour, quelle récompense, c’est émouvant. »

Heureux d’avoir pu retrouver récemment son personnage d’Hervé Dumont dans deux épisodes inédits de Caméra Café, dont la date de diffusion n’a pas encore été divulguée par M6, Bruno Solo sait, malgré tout, prendre du recul : « Il ne faut pas non plus s’illusionner. Ceux qui viennent nous voir sont fans de la série. Le juge de paix, c’est le public que tu ne connais pas et qu’il faut aller chercher le jour J au théâtre, au cinéma ou, en l’occurrence, à la télévision. »

Les deux hommes sont néanmoins heureux d’avoir marqué durablement le public avec Caméra Café, comme eux, en tant que spectateurs, ont pu vibrer sur certaines séries. « La première qui m’a vraiment marqué, c’était 24 h chrono, indique Bruno Solo. C’était la première fois que quelque chose m’attirait à ce point. Dernièrement, il y a eu Querer, la série espagnole en quatre épisodes sur Arte, avec le parcours d’une femme qui porte plainte contre son mari pour violences conjugales. Il ne la frappe pas mais il instille une sorte de climat de terreur psychologique, d’emprise, qui finit par la bouffer. »

C’est aussi une série dramatique espagnole, Antidisturbios, qui a retenu l’attention de son camarade Yvan Le Bolloc’h : « Une série qui parle d’une bavure policière qui va avoir d’énormes conséquences. »

Toutes les vérités sont bonnes à dire avec Caroline Vigneaux

Caroline Vigneaux viendra dévoiler toutes ses vérités au Zpéhyr de Hem le samedi 28 mars (c) Justine Lephay

Avec déjà plus de quinze ans de carrière, plusieurs spectacles, un film, « Flashback », en tant que réalisatrice, et une soirée dans la peau de maîtresse de cérémonie des Molières, Caroline Vigneaux peut légitimement prendre de la hauteur et mesurer le chemin accompli.

La jeune avocate qu’elle était encore en 2007 ne doit vraiment pas regretter la décision qu’elle a prise de quitter la robe pour se lancer dans l’humour. Un choix payant, inspirant même pour des tas de personnes qui ne sont pas épanouies dans leur vie professionnelle et qui n’osent pas changer de métier et repartir de zéro. « Le plus dur, ce n’est pas de faire le grand saut, c’est de réussir à nager ensuite quand on est dans l’eau froide », sourit-elle.

Attendue le samedi 28 mars (20 h) au Zéphyr de Hem, l’artiste viendra y jouer son quatrième spectacle, « In Vigneaux Veritas », dans lequel elle a décidé de délivrer à son public tout un ensemble de vérités, parfois sur des sujets d’ordre général comme la création des cornflakes, mais aussi sur des questions plus intimes.

« J’ai désormais plus de cinquante ans, je suis au sommet de ma vie et j’admire la vue avant d’entamer la descente, poursuit-elle. L’avantage, c’est que je peux m’adresser à plusieurs générations, aux plus jeunes comme aux plus vieux, et ainsi créer du lien entre elles. Typiquement, j’ai un compte TikTok, mais je paie quelqu’un pour le gérer, car je ne sais pas m’en servir. »

Dans son spectacle, Caroline Vigneaux n’hésite pas à aborder des sujets sensibles comme le décès d’un proche (en l’occurrence son papa) ou les violences sexistes, utilisant le rire comme un acte de résistance, voire même de résilience. « Le rire est important pour montrer aux agresseurs que nous sommes toujours là, insiste-t-elle. Je suis une humoriste féministe engagée, mais pas seulement : je suis aussi une humaniste et je veux que ce spectacle fasse rire les gens, mais aussi qu’il leur fasse du bien, qu’ils apprennent des choses. Le plus beau compliment que l’on puisse me faire, c’est de dire que je fais un humour intelligent. »

Si ses spectacles ne sont pas encore remboursés par la Sécurité sociale, ils coûtent sans doute moins cher et sont parfois aussi efficaces qu’un bon suivi chez un psy. « Ce qui est sûr, c’est que je reçois pas mal de messages optimistes de personnes qui me disent se sentir moins seules, se réjouit-elle. Je pense qu’il n’y a pas un être humain qui traverse la vie sans connaître le moindre malheur. »

Productrice pour la première fois de son spectacle, Caroline Vigneaux a découvert d’autres facettes du métier. Elle a surtout senti le poids du couperet au-dessus de sa tête : « D’un côté, c’est génial, mais c’est aussi un boulot de fou, avec beaucoup de stress, notamment sur le plan financier, admet-elle. J’avais hypothéqué ma maison, donc j’avais la pression : il fallait que ça marche, je ne voulais pas la perdre. J’ai aussi fait en sorte de laisser la place à l’artiste, de ne pas penser seulement comme productrice. »

Bonne nouvelle : ce spectacle a bien conquis le cœur du public et, en parallèle, une autre de ses créations a vu le jour, avec des représentations de sa pièce « Le Cid pète un câble » au théâtre des Maturins. « J’avais emmené mes enfants voir une pièce classique, mais ils n’avaient pas adhéré. Le langage a beaucoup évolué, alors je me suis dit qu’il fallait les y préparer en leur racontant d’abord l’histoire un peu différemment. J’ai mélangé les vers de Corneille aux miens, j’ai tout écrit en alexandrins. J’ai écrit, produit et mis en scène. » Un premier pas vers une expérience de comédienne au théâtre ? « Si le projet me séduit, j’y vais volontiers. »

Caroline Vigneaux joue son spectacle le samedi 28 mars (20 h) au Zéphyr à Hem.