L’humour coule de source avec Rey Mendes

Après un passage dans un plateau d'artistes à Lillarious, Rey Mendes revient avec son spectacle complet le 13 mars au Spotlight (c) Alexis Delespierre

Les adeptes des rendez-vous d’humour de la région l’ont probablement déjà vu à l’œuvre. Que ce soit au sein de la troupe du Jamel Comedy Club, l’an passé au Zénith de Lille, ou en ce début d’année avec quelques camarades sur un plateau du festival Lillarious aux Enfants Terribles à Marquette, Rey Mendes a déjà eu plusieurs occasions de faire rire le public du Nord.

Si ses passages vous ont mis en appétit mais que vous avez trouvé qu’il y avait un petit goût de trop peu, alors l’heure est venue d’aller voir son spectacle complet, intitulé « La Source », le vendredi 13 mars au Spotlight.

L’occasion d’en savoir davantage sur le parcours d’un jeune homme qui a fait ses premières armes dans sa ville d’Évreux, en Normandie. « Très tôt, que ce soit dans la famille, à l’école ou dans le quartier, je suis celui qui fait des blagues. Un professeur au collège m’avait dit que je maîtrisais le sarcasme et l’ironie », se souvient-il. « Lorsque j’ai vu le Jamel Comedy Club à la télévision, ça a mis une petite graine dans mon cerveau. »

Rey Mendes était pourtant loin de se douter que quelques années plus tard, il en deviendrait un membre éminent. « Le vrai déclic a eu lieu lors d’un événement de hip-hop organisé à Évreux. J’avais été pris comme speaker et j’ai réussi à faire rire les gens, je me suis senti à l’aise. J’ai alors commencé à prendre plein de notes dans mon téléphone pour avoir une base si je faisais un jour du stand-up, et il y a des choses de cette époque qui sont désormais dans mon spectacle. »

Un show qu’en montant à Paris, il a d’abord rôdé dans des « trempoints », des tremplins d’humour au Point-Virgule, vers lesquels l’avait orienté Antoinette Colin, la directrice artistique de l’établissement.

« Dans mon spectacle, je raconte tout ce parcours. Il y a beaucoup de vécu : ma vie de couple, le fait d’être papa. J’aime bien aussi revisiter l’actu. Et puis il y a une partie non écrite, de l’interaction avec le public, que j’apprécie aussi beaucoup. »

« La Source », un spectacle de Rey Mendes, le vendredi 13 mars (21 h) au Spotlight à Lille.

Sun City : un paradis pour vieux ou une utopie inquiétante ?

Jean-Marc Choteau dans le décor en construction de sa nouvelle pièce Sun City.

Est-ce que vous pouvez imaginer une ville sans enfants ? On ne plante pas ici le scénario d’un film de science-fiction prochainement sur vos écrans, mais bien la réalité de la ville de Sun City, construite dans les années 1960 dans le désert de l’Arizona, aux États-Unis, dans laquelle on ne peut s’installer qu’à partir de 55 ans et dont la moyenne d’âge est d’environ 75 ans.

Née de l’utopie de l’architecte américain Del Webb, Sun City n’est pas un petit camp retranché, mais bien une ville de 40 000 habitants au sein de laquelle les enfants ne sont autorisés que quelques jours par an et où l’on peut vivre à partir de 19 ans, uniquement si l’on est hébergé chez ses parents, qui prennent l’engagement que leur progéniture ne viendra pas perturber la quiétude des lieux. Les chiens, eux, sont tolérés à condition d’être tenus en laisse et… de ne pas aboyer.

Des règles qui pourraient prêter à sourire si elles n’étaient pas si consternantes. Responsable de la compagnie de théâtre La Virgule à Tourcoing, Jean-Marc Chotteau n’en a pas cru ses oreilles quand il a entendu un reportage à la radio sur cette ville. Il a donc multiplié les recherches et a décidé de le constater de ses propres yeux en se rendant sur place. « J’ai pu y interviewer des habitants et constater que ce n’était pas un Ehpad, mais bien une vraie ville avec un accès gratuit, pour les propriétaires, à différents loisirs comme des bowlings ou des terrains de tennis, confie-t-il. Je dois dire que ce séjour de dix jours a un peu tempéré mon esprit caustique, car j’y ai rencontré des gens très heureux et, quand on voit ce qui se passe chez nous pour les personnes âgées, il n’y a finalement peut-être pas trop lieu de se moquer. Cela dit, cette volonté de rester entre vieux, sans enfants, est quand même insupportable. C’est cette tendance au communautarisme, au repli sur soi que j’avais envie de traiter. »

Jean-Marc Chotteau a donc imaginé l’histoire d’un couple franco-américain parti, depuis quelques années, s’installer dans « ce paradis » pour vieux et qui va recevoir la visite de leur petit-fils de 18 ans, venu leur demander de l’héberger le temps de faire ses études en Arizona, sans savoir que l’accès ne lui est pas autorisé.

« J’avais aussi envie de traiter le conflit de générations. Ça commence comme une comédie, mais ça devient de plus en plus amer au fil du spectacle », précise l’auteur et metteur en scène de cette pièce, qui y tient aussi un petit rôle : celui du représentant de la SCHOA, comprenez la Sun City Home Owners Association, une véritable association privée qui fait office de mairie et de police de la ville. Elle se charge donc de vérifier que toutes les règles sont scrupuleusement respectées par chacun des habitants, essentiellement des membres de la classe moyenne américaine.

À ses côtés, Jean-Marc Chotteau a convié essentiellement des fidèles comme Éric Leblanc et Claire Mirande pour jouer le couple de retraités, ou encore Estelle Boukni, qui incarne leur fille, mais aussi un petit nouveau, Florian Huon, découvert au petit théâtre de Nivelles, où la pièce sera d’ailleurs jouée le 10 avril avant, si tout va bien, de connaître un destin national, voire international.

« Sun City », une pièce de Jean-Marc Chotteau, du 10 mars au 4 avril, au Salon de théâtre de la Virgule, boulevard Gambetta à Tourcoing. 

Grégory Fitoussi heureux de retrouver Erica

Alex Brasseur, ici avec Kévin Levy (Bruno), dans Demain Nous Appartient. (c) TELSETE - TF1

Adaptation de plusieurs romans de Camilla Läckberg, la série Erica, diffusée il y a un peu plus d’un an sur TF1, a connu un franc succès, ce qui a naturellement incité les producteurs à se lancer dans une deuxième saison, avec toujours le binôme principal composé de Julie De Bona et Grégory Fitoussi.

Durant la première saison, la première nommée incarnait Erica Faure, romancière à succès de retour sur ses terres natales dans les Landes, où elle contribue, à sa manière, à la résolution de différents crimes, croisant ainsi la route du capitaine de police Patrick Saab (Grégory Fitoussi), dont elle tombe sous le charme.

« On savait que si le public suivait, il y avait matière à poursuivre leurs aventures, confie le comédien. L’essentiel était de ne pas réitérer ce que l’on faisait dans la première saison : les rapports ne sont plus les mêmes, ils se connaissent mieux. Lui est à la fois séduit et agacé par les multiples intrusions d’Erica dans ses enquêtes. Il lui trouve du talent et il y a davantage une relation de complicité entre eux. »

Pour préparer son rôle, Grégory Fitoussi n’avait pas lu les romans originaux. « On m’avait déconseillé de le faire, car ils ont fait évoluer mon personnage par rapport au livre pour le rendre plus lumineux, donc ça aurait été davantage une source de confusion qu’autre chose. Je me suis basé sur le scénario et, parfois, quand on adapte un bouquin, c’est bien de trahir un peu le personnage. »

Camilla Läckberg ayant écrit onze romans, il n’est pas interdit de penser qu’une saison 3 pourrait voir le jour, mais Grégory Fitoussi ne veut pas brûler les étapes : « On va déjà voir ce que donne la diffusion de la deuxième et si le public est toujours au rendez-vous. Mais c’est vrai que l’avantage de faire plusieurs saisons, c’est qu’on connaît de mieux en mieux nos personnages et qu’on a forcément envie de les amener ailleurs. À chaque saison, on a l’impression de revenir à la maison. »

« Erica, saison 2 », dès ce jeudi 5 mars (21 h 10) sur TF1.

Les Histrioniques mènent le combat sur les scènes de théâtre

Karim Duval va jouer son spectacle Entropie le 4 mars au théâtre Pasteur de Lille Grand Palais.

Plusieurs comédiennes, membres du collectif « MeToo Théâtre », ont construit un spectacle, intitulé « Les Histrioniques, un trou dans la raquette » qui dénonce les violences sexistes et sexuelles dans le monde artistique. Un spectacle drôle, engagé et surtout nécessaire pour démonter les systèmes et libérer la parole. Entretien avec l’une des comédiennes, Nadège Cathelineau

Comment avez-vous décidé de mettre à profit vos compétences artistiques au service d’un propos et de faire de ce spectacle une sorte de prolongement naturel de votre engagement militant ?

« Nous sommes toutes artistes et, dans nos créations, nous développions déjà nos univers de façon assez féministe, même si ce n’était pas de la même manière. Après le lancement du hashtag « MeToo Théâtre », nous avons sorti un livre avec des textes écrits lors d’un rassemblement. Ça a été la première trace : les textes étaient restitués de façon brute, comme un documentaire, et je crois que ça a été la première transformation de notre militantisme en objet artistique.

On s’est alors dit que nous pourrions utiliser nos compétences pour créer cette pièce, qui cumule la qualité du sujet et une forme croisée entre documentaire et spectacle, organisée autour des héroïnes, des militantes, et pas seulement d’une victime. Cela ne coupe pas de l’affect et cela renforce la réflexion à l’endroit des failles systémiques que l’on peut rencontrer, comme le manque de dispositifs du ministère de la Culture, que l’on assimile à un énorme trou dans la raquette, ls freins administratifs, avec des agresseurs signalés qui restent parfois en poste, des aberrations auxquelles ont été confrontés de trop nombreuses personnes. »

Le spectacle est annoncé comme une enquête entre fiction et réalité. Concrètement, comment avez-vous procédé ?

« On n’a rien inventé dans le spectacle : il y a beaucoup de citations de tribunes publiques de personnes accusées ou de leurs soutiens. L’effort de fiction, nous l’avons fait dans le traitement, dans la forme, dans l’incarnation. Nous avons fait le choix de nous centrer sur une affaire, qui est la synthèse de toutes les autres. »

Vous êtes cinq femmes sur scène, a-t-il été envisagé qu’il y ait un homme ? Histoire de montrer que c’est le combat de tous et pas seulement des femmes.

« Je crois que nous ne répondrions pas toutes de la même façon à cette question, mais je dirais que nous ne sommes pas fermées à la présence d’hommes dans notre collectif. Cependant, aucun n’est venu frapper à notre porte pour s’engager avec nous. Nous avons développé un espace de travail en non-mixité ; je n’ai pas l’impression que nous en souffrions. Cela ne semblait pas indispensable pour notre propos et notre spectacle. La distribution a été faite avec des membres constitutifs du collectif. »

Et le public qui vient vous voir, est-il paritaire ou majoritairement féminin ?

« Il est essentiellement féminin. C’était notamment très frappant à Paris : il devait y avoir, au mieux, un dixième d’hommes dans la salle. Mais ceux qui sont venus sont repartis contents car, je pense, nous abordons les sujets de façon clairvoyante, lucide et intelligente. Les hommes qui ont envie de venir ne doivent pas s’inquiéter : ils sont les bienvenus. »

Songez-vous déjà à d’autres actions du même genre ?

« C’était la première création théâtrale du collectif. Cela dépendra s’il y a suffisamment de partenaires pour créer un deuxième opus, mais il est évident que nous avons la matière pour le faire : nous avons encore beaucoup d’autres choses à raconter. Nous voyons que cela permet d’éveiller les consciences. Beaucoup de comédiennes en formation qui étaient à Avignon l’été dernier nous ont écrit. On sent qu’il y a un vrai besoin d’écoute, d’accompagnement. Il faut que des chartes et des protocoles soient rédigés. »

« Les histrioniques », au théâtre du Nord à Lille, le samedi 7 mars (18 h), dimanche 8 mars (16 h) et lundi 9 mars (19 h 30). Le spectacle du samedi 7 sera suivi d’un aftershow avec Flore Benguigui. 

Paul Dewandre aide toujours les couples à mieux se comprendre

20 ans après ses débuts, Paul Dewandre propose une version 2.0 du spectacle Les hommes viennent de Mars, les femmes de Vénus.

En adaptant en 2006 le livre à succès de John Gray « Les hommes viennent de Mars, les femmes de Vénus » pour en faire un spectacle, Paul Dewandre n’aurait jamais imaginé continuer à le jouer vingt ans plus tard. Une version 2.0 a été écrite pour la nouvelle tournée qui fait étape à Lille le 18 mars et à Arras le 24 mars.

Paul, vous avez créé votre spectacle en 2006. En vingt ans, avec l’évolution de la société, peut-on dire que les hommes viennent toujours de Mars et les femmes toujours de Vénus ?

« Les choses ont effectivement pas mal changé. Les hommes s’impliquent davantage dans les tâches ménagères, dans l’éducation des enfants. Il y a trente ans, quand j’allais chercher mes enfants à l’école, nous étions trois pères ; aujourd’hui, c’est presque la moitié. Les hommes prennent davantage de temps partiel que par le passé. Malgré tout, il y a des choses qui n’ont pas bougé, qui demeurent d’actualité vingt ans plus tard, comme le fait que les hommes n’aiment toujours pas parler de leurs problèmes. »

Cette version 2.0 que vous jouez actuellement, est-ce uniquement une mise à jour ou y avait-il d’autres motivations ?

« Il y a eu plusieurs motivations. La première, c’était effectivement d’enlever ou de rectifier ce qui ne fonctionnait plus, comme le fait que les hommes n’aimaient pas demander leur chemin quand ils étaient en voiture. Avec les GPS, cette question ne se pose plus. Mais mon objectif, c’est de montrer le côté féminin et masculin qu’il y a en chacun de nous. Le but, c’est d’aider les gens à comprendre le langage de l’autre, à devenir en quelque sorte bilingues. Si on fait l’erreur de penser que nous sommes pareils, on peut s’énerver quand on constate que l’autre ne réagit pas comme nous le ferions. Mais si on comprend qu’une réaction différente est juste liée au fait qu’on parle une langue différente, alors on l’accepte mieux et on peut essayer de comprendre pourquoi ça fonctionne différemment. »

Peut-on dire qu’en plus de divertir le public, vous êtes une sorte de thérapeute de couple ?

« J’ai appris que certains passaient des extraits de mon spectacle, que c’était aussi utilisé dans des préparations au mariage. Tant mieux. Si je fais ce spectacle avec toujours autant de plaisir, c’est qu’il a du sens, qu’il peut être utile. C’est aussi un outil de prévention pour les couples qui vont bien. Les messages passent plus facilement par l’humour, dans un spectacle, que si je faisais une simple conférence sur le couple. »

La scène n’était pas votre métier. Vous vous y êtes vite senti à l’aise ?

« Le fait de parler devant un public n’était pas un problème, je faisais déjà des conférences. Après, je n’ai jamais pris de cours de théâtre, mais avec le metteur en scène, on a beaucoup travaillé sur le fait de faire monter des gens sur scène. Je ne savais pas si j’allais maîtriser les improvisations. Au début, je n’osais pas, mais c’est venu relativement vite et ça m’a donné envie de travailler sur d’autres projets, de continuer à partager des informations que je trouve utiles de manière légère et ludique. Je suis authentique et sincère quand je diffuse mes messages sur scène, donc je n’ai pas besoin de rentrer dans un personnage, de faire l’acteur. Je reste moi-même. »

Pouvez-vous parler de vos nouveaux projets ?

« J’ai un spectacle avec un ex-délinquant marseillais, un jeune qui, à seize ans, avait déjà fait quatre mois de prison pour mineur, mais qui a réussi à se sortir des trafics, de la drogue. On a construit un spectacle-témoignage d’environ une demi-heure sur son parcours, comment il est entré dans la délinquance et surtout comment il en est sorti en effectuant un travail personnel de reconstruction, de guérison de ses blessures d’enfance. On l’a joué dans des prisons devant des jeunes incarcérés, mais aussi devant des procureurs, des avocats, des juges. Ça prend vraiment et on est donc en train de développer tout ça pour en faire un spectacle musical, car il chante un peu, il aime le rap. Ce spectacle va englober nos deux histoires, car au départ nous n’avons rien en commun. Il a 20 ans, j’en ai plus de soixante. Il est Marseillais, je suis Belge. On n’a pas les mêmes origines, pas le même vécu, mais pourtant il y a des choses qui nous réunissent. Sinon, je travaille aussi sur un spectacle sur les oppositions, non plus entre hommes et femmes, mais entre jeunes et vieux, sur ces générations qui ne se comprennent pas toujours. Là aussi, il y a des choses à dire. »

« Les hommes viennent de Mars, les femmes de Vénus 2.0 », par Paul Dewandre, à Lille Grand Palais le mercredi 18 mars (20 h) et au Casino d’Arras le mardi 24 mars (20 h).