Succession plébiscité, les conseils des invités de Séries Mania

Succession est l'une des séries les plus citées par les comédiens parmi les séries à ne pas rater.

L’un des petits plaisirs, chaque année, lors du festival Séries Mania à Lille, est de sonder les comédiens et comédiennes présents sur leurs préférences dans le domaine, et ainsi profiter de leurs avis pour découvrir des nouveautés ou rattraper des séries plus anciennes qu’il ne fallait pas rater.

L’an passé, Adolescence et The White Lotus étaient revenues dans de nombreuses conversations. Cette fois, il y a eu une énorme diversité de séries citées, même si quelques classiques sont un peu ressortis du lot, et notamment Succession, la série américaine écrite par Jesse Armstrong. « Je suis une grande consommatrice, mais Succession, c’est la série indétrônable à mes yeux, elle est dingue en termes de qualité d’écriture », s’enthousiasme Manon Bresch, brillante dans Privilèges, actuellement disponible sur HBO. « La liberté et la confiance accordées aux acteurs y sont incroyables », confirme le comédien belge Lukas Bulteel (Breendonck).

Chernobyl recueille aussi pas mal de suffrages, tant en France qu’à l’étranger. Florence Longpré, merveilleuse docteure Bien-Aimé dans la série Empathie, qui avait enthousiasmé l’édition 2025 du festival Séries Mania, la cite dans une liste très éclectique (Normal People, Pluribus). Tout comme David Mora, qui incarne Fabien dans Scènes de ménages : « J’ai pris une belle claque et j’ai appris pas mal de choses que je ne savais pas, notamment que la catastrophe était liée à une erreur humaine d’un seul gars », confie le comédien, qui, plus jeune, avait cédé aux sirènes de toutes les séries populaires, de Sauvés par le gong à Madame est servie, en passant par The Cosby Show, La Fête à la maison ou encore Arnold et Willy.

Sa partenaire dans la série, Anne-Élisabeth Blateau, a, elle aussi, des références anciennes comme Dallas, Dynastie, Santa Barbara et même Maguy dans les rangs français. Mais ces dernières années, c’est un autre classique, Peaky Blinders, qui avait retenu son attention, mais aussi Mrs Wilson, l’histoire d’une femme mythomane.

Friends, la série « doudou »

Breaking Bad a aussi ses adeptes. « Ça fait partie de la culture des séries : si tu n’as pas vu ça, tu ne peux pas comprendre la vie », sourit Majid Berhila, l’un des membres de Scènes de ménages, qui cite aussi Six Feet Under, Game of Thrones et Dexter. « Breaking Bad, c’est la référence », estime Gabriel Réhsé, alias Milan dans la quotidienne de TF1 Ici tout commence ; sa camarade de jeu Zoï Sévérin (Jasmine) cite, elle, d’autres incontournables comme Game of Thrones et Friends, « ma série doudou, que j’ai vue des milliers de fois et que je peux reprendre partout et tout le temps ». Friends, qui a clairement accompagné l’adolescence et la vie de jeunes adultes de bon nombre de comédiens.

Partenaires dans L’Été 36, l’une des prochaines grandes sagas d’époque de TF1, Julie De Bona et Sofia Essaïdi en font partie, mais pour la première nommée, la référence de jeunesse était plutôt Buffy contre les vampires. Desperate Housewives, Dexter et 24 heures chrono l’ont aussi marquée. Dernièrement, This Is Us fait partie de ses recommandations, mais Julie De Bona avoue avoir été surtout bluffée par L’Affaire Laura Stern avec Valérie Bonneton : « C’est puissant, utile, bien joué et bien réalisé, ça prend au cœur, ça m’a vraiment fait un choc. »

Sofia Essaïdi a, elle, été surprise par l’audace de la série Les Sentinelles. Habituée à s’attacher à des personnages, la jeune femme, qui a vibré avec les héroïnes de Scandal, Grey’s Anatomy ou Desperate Housewives, a une immense admiration pour Nicole Kidman dans Scarpetta : « Un rôle que j’aurais adoré faire. Elle a une subtilité dans son jeu, elle m’a bouleversée en incarnant cette femme qui a une grande force intérieure malgré des blessures à n’en plus finir. »

Parmi les séries plus récentes, Les Lionnes d’Olivier Rosenberg, sur Netflix, ont aussi enthousiasmé Gabriel Réhsé et Julie Sassoust, « pour les personnages, l’écriture, le montage, les couleurs ». La dernière nommée cite aussi volontiers Ceux qui rougissent de Julien-Gaspar Oliveri : « C’est une mini-série sur notre milieu qui a été diffusée sur Arte et que j’ai trouvée tellement juste dans la vulnérabilité des comédiens. C’est une super référence pour ceux qui ne connaissent pas le monde du théâtre. »

C’est aussi une série sur le milieu artistique, et plus particulièrement ses coulisses, à savoir Dix pour cent, qui a profondément séduit la comédienne belge Anne-Laure Vandeputte, à l’affiche de la série Breendonck.

Les femmes à l’honneur

La thématique de la condition féminine ne laisse pas non plus insensible : Lidia fait sa loi, inspirée de la première femme avocate en Italie, a été mentionnée par Julie Sassoust : « Ça parle de la place des femmes dans la société et j’adore l’actrice principale Matilda De Angelis. »

Véronique Jannot évoque, elle, des séries d’époque comme Les Combattantes, avec ce quatuor féminin de choc (Audrey Fleurot, Camille Lou, Sofia Essaïdi et Julie De Bona), ou encore Downton Abbey, avec là aussi de très beaux personnages de femmes au caractère affirmé. Dans un autre registre, la star de Pause café a aussi beaucoup apprécié Nolwenn Leroy dans Brocéliande : « Elle n’en faisait pas trop, elle était sobre, elle était juste. »

Parmi les séries en compétition cette année, et que certains artistes ont pu découvrir, Dear Killer Nanny, sur la vie du fils de Pablo Escobar, a séduit Gabriel Réhsé et Julie Sassoust.

On aurait pu aussi évoquer l’obsession de Marie Oppert (Paolo) pour Glee, la fidélité de Melvil Poupaud (Privilèges) aux Simpson, les recommandations québécoises de Magali Lépine-Blondeau (Paolo) pour Empathie et Heated Rivalry, « une série enthousiasmante sur l’amour entre hommes dans l’univers très macho et fermé du hockey sur glace ». Sans oublier l’intérêt de Stéphane Hénon (Plus belle la vie, encore plus belle) pour La Casa de Papel et Squid Game, la fascination de sa camarade de jeu Anne Décis pour les premières saisons de Lost, ou encore l’obligation, selon Ornella Fleury (Grandiose), d’avoir vu The Office dans sa vie.

Les plus grands écarts de recommandations nous ont tout de même été offerts par Élodie Poux, dont la madeleine de Proust reste La Petite Maison dans la prairie, mais qui s’est aussi laissée happer par The Walking Dead. « Je ne consommais pas du tout ce genre de séries. Mon petit frère m’a filé la première saison en me disant que j’allais kiffer les zombies et que, trois jours après, je serais devant sa porte pour réclamer la suite, se souvient-elle. Je lui avais répondu que jamais de la vie je ne regarderais ça. Trois jours après, je lui demandais effectivement la suite. »

Entre ces deux séries aux antipodes l’une de l’autre, Élodie Poux, qui a elle aussi grandi avec Friends (« Team Chandler »), a également eu un coup de cœur pour Indociles sur Netflix, « une espèce d’école thérapeutique qui emmène des gamins un peu perdus faire de la randonnée en forêt, sauf que certains y meurent ».

Alors, à vos télécommandes, vous n’avez que l’embarras du choix…

Sly Johnson s’est livré à un vrai travail d’introspection

Sly Johnson a sorti ce vedredi son nouvel abum. (c) Margot Berard.

Révélé il y a déjà plus de vingt ans avec ses camarades du Saïan Supa Crew, sous le nom de Sly Mic Buddah, Sly Johnson a, depuis, signé plusieurs albums solo, basculant progressivement du rap vers une musique plus soul, plus jazz.

Jamais, toutefois, l’artiste originaire de Montrouge ne s’était autant investi dans un album que pour ce « Mister Johnson », en vente depuis le vendredi 27 mars. « C’est un hommage à mon père, qui était un amoureux de toutes les musiques et qui m’a transmis cette ouverture sur tous les genres, tous les styles », explique-t-il.

Un projet qui a amené l’artiste à se livrer à une véritable introspection : « Quand on veut faire quelque chose d’intime, on n’a pas le choix, poursuit-il. Pour toucher les gens, je pense qu’il faut faire corps avec ses émotions. J’ai fait le travail nécessaire en me tournant vers mon histoire, mon ressenti, pour briser, au travers de la musique, cette barrière que l’on pouvait ressentir avant. J’espère que ça pourra accompagner les gens dans différents moments de leur vie, qu’ils soient joyeux ou tristes. »

En solo, Sly Johnson reconnaît que l’approche est très différente : « Dans un groupe, tu peux un peu te cacher derrière les personnes les plus fortes, les plus enclines à parler avec les médias, mais là, c’est toi, tes attentes, tes aspirations… J’ai pu exprimer ce que je souhaitais, poser les images que j’avais en tête. »

S’il a souhaité travailler un peu en secret pour surprendre ses camarades du Saïan Supa Crew, il n’a pas pu s’empêcher de leur parler des différentes étapes de son projet et même de les intégrer en faisant un morceau avec eux, « Pli Fo », qui, en créole, veut dire « plus fort ».

Un album dont il a aussi partagé la création avec le pianiste Nicolas Vella et qu’il souhaitait « plus poussé mélodiquement, quelque chose de plus riche, mais en même temps de plus accessible ». Un album plus jazzy, un style musical pour lequel il avait déjà déclaré son amour pendant quelques années en animant l’émission « Come into my jazz » sur Jazz Radio, qu’il n’exclut pas de reprendre un jour.

« Mister Johnson », le nouvel album de Sly Johnson, est en vente depuis ce vendredi 27 mars. Prix : 12,99 €.

Alexis Laipsker prêt à vous bluffer dans un redoutable contre-la-montre

Alexis Laipsker est encore ce dimanche sur le salon du livre de Bondues.

L’édition 2026 du salon du livre de Bondues attire encore les grandes foules depuis samedi matin et jusqu’à ce dimanche (18 h 30). De nombreux grands auteurs français sont, comme chaque année, au rendez-vous. Planète Lille est allé à la rencontre de certains d’entre eux, dont Alexis Laipsker.

Est-il encore besoin de présenter ce maître du thriller, récompensé depuis six ans par de multiples prix ? Son dernier roman, À couper le souffle, n’a pas échappé à la règle. Primé à Cognac et lauréat du grand prix de l’Iris noir de Bruxelles, il porte bien son nom. « C’est une véritable course contre-la-montre. Un flic apprend que sa fille a été enlevée, séquestrée puis enterrée vivante. Il n’a que dix-sept heures pour la trouver. Il n’y a pas de demande de rançon, aucune piste, aucun suspect, et le temps presse puisqu’il ne vous reste déjà plus que 16 h 59 », sourit-il en délivrant le pitch de son livre.

Ancien journaliste, animateur d’émissions de télévision et responsable d’un casino, Alexis Laipsker a toujours eu l’envie d’écrire un roman. « J’ai eu, à un moment, un peu de temps libre. Je me suis dit qu’il fallait en profiter. J’ai écrit Et avec votre esprit, j’ai envoyé mon manuscrit chez Michel Lafon et il a été édité en 2020. »

Le deuxième, Le Mangeur d’âmes, a suivi en 2021 et a même été adapté au cinéma en 2024, avec notamment Virginie Ledoyen et Sandrine Bonnaire. Ce qui lui permet aujourd’hui de vivre pleinement de sa passion et de proposer à ses fans une nouvelle aventure chaque année : Les Poupées en 2022, Hurlements en 2023, D’entre les morts en 2024 et donc À couper le souffle en 2025. Des romans qui n’ont aucun lien les uns avec les autres, mais dans lesquels on peut retrouver certains personnages, comme le commissaire Victor Venturi et la psycho-criminologue Olivia Montalvert. « J’essaie d’écrire depuis six ans des thrillers qui vont très vite, qui retournent la tête et procurent, si possible, des sensations fortes », poursuit-il.

Une nouvelle histoire est visiblement déjà en cours d’écriture: « Je ne peux pas vous en parler, sinon je serai obligé de vous tuer », annonce-t-il. Bon, désolé, mais on a décidé d’opter pour la patience.

« À couper le souffle », Alexis Laipsker. Editions Michel Lafon. 380 pages. Prix : 20,95 €. Le salon du livre de Bondues est encore accessible gratuitement ce dimanche jusque 18 h 30.

Enfance, notoriété, projets, rap… Les confidences de Jean-Pascal Zadi

Jean-Pascal Zadi en pleine masterclasse à Séries Mania. (c) Arnaud Loots

Le comédien Jean-Pascal Zadi était présent jeudi à Lille pour donnerune masterclasse dans le cadre du festival Séries Mania. Actuellement à l’affiche du film Le Rêve américain aux côtés de Raphaël Quenard et, prochainement, dans la série Surveillant ! sur Disney+, avec Audrey Lamy et Benjamin Tranié, il en a profité pour livrer quelques confidences pleines de spontanéité et de franc-parler.

La reconnaissance du milieu : une fierté ?
« J’ai l’impression que c’est un honneur d’être invité à faire une masterclasse, je le prends comme un partage d’expérience. Si je peux aider des gens en parlant de moi, de mon parcours, si je peux donner quelques clés, tant mieux, mais ce qui compte vraiment pour moi, c’est d’avoir de bons projets. Je me considère comme un artisan qui travaille, qui fait des trucs bien, qui fait des trucs nuls, qui apprend tous les jours, de tout le monde. »

Les séries
« Pour être honnête, je ne suis pas spécialement fan de films ni de séries. Je vois ce qui existe, mais j’en regarde peut-être deux par an. Ce qui me tient, ce sont les séries d’horreur, le suspense, quand quelqu’un va mourir, style Dahmer. En revanche, je ne regarde pas les histoires de gangsters ni les comédies, je rigole déjà toute la journée. »

Le succès du film « Le Rêve américain »
« Je suis trop content que ce film marche, pour Anthony Marciano, qui est un très bon réalisateur, mais aussi parce que je l’ai tourné avec Raphaël, qui est vraiment mon ami, et parce que j’aime le sujet. Ça fait partie des rares rendez-vous dans une vie où toutes les planètes sont alignées. C’est vraiment un cadeau du ciel, je suis trop content d’avoir fait ce film. C’est tellement dur d’être acteur, d’être réalisateur, tu passes par tellement d’épreuves qu’une fois que tu arrives un peu à choisir tes projets, c’est le top. »

L’enfance
« J’ai huit frères et sœurs, on était pauvres, mais on rigolait tout le temps. Mes parents étaient trop marrants et puis, dehors, j’avais mes amis du quartier, ceux du football. Franchement, je pense que si on choisissait les meilleures enfances de France, je suis sûr que je serais dans le top 100. Je me souviens que dans un film, il y avait une scène où je devais pleurer, je n’y arrivais pas, et Gilles Lellouche m’a dit de penser à quelque chose de triste de mon enfance, mais je ne voyais vraiment pas à quoi penser. J’essaie de faire en sorte d’offrir la même chose à mes enfants. »

Les débuts
« J’étais aux Assedic, j’ai réfléchi à ma vie. J’avais envie de faire quelque chose qui me plaisait, pas quelque chose qu’on m’impose. J’ai acheté une caméra et, comme je connaissais des rappeurs, j’ai commencé à les filmer, et puis j’ai eu l’idée d’en faire un documentaire. C’est de là que tout est parti. J’ai réalisé que j’étais capable de faire des films. En conclusion, si je suis arrivé au cinéma, c’est grâce au chômage. »

La réalisation ?
« Quand j’ai commencé, je trouvais qu’il n’y avait pas, dans les films ou dans les séries, ce que je voulais voir. Le point de départ, c’est le manque. J’ai fait Tout simplement noir parce que je voulais faire un film avec tous les comédiens noirs du cinéma français, je voulais faire une comédie qui parle de politique. J’aimerais bien aussi voir un film dans l’espace avec des Africains. Généralement, je joue dans les films que je fais, ça m’évite d’avoir des refus d’acteurs. »

Le doublage
« J’ai accepté de donner ma voix dans une série d’animation, comme dans Les Bad Guys 1 et 2, où je fais Monsieur Requin. Ça permet à mes enfants de me voir dans quelque chose qu’ils aiment bien, car pour le reste, ils sont durs avec moi. Je me souviens qu’une fois, j’en avais emmené une de mes filles chez Gaumont avec moi pour regarder un montage, et le soir, à la maison, quand son frère et sa sœur lui ont dit qu’elle avait eu trop de chance de venir avec moi, elle a répondu : “Ça se voit que vous n’avez pas vu le film, les blagues de papa, c’était l’enfer !” »

Les élections, une source d’inspiration pour la suite de sa série « En place » ?
« Pas du tout, mais je vois que les choses changent, qu’il y a beaucoup de nouvelles têtes. Pour la série En place, j’ai fait une petite pause parce que j’étais fatigué, j’avais fait beaucoup de choses. Pour la saison 3, je vais m’y mettre, mais je profite un peu de la vie et de mes enfants. »

Des projets au cinéma 
« J’ai accepté deux films qui ne seront pas des comédies. Ce sera de l’action. Il y en a un qui se passe pendant la Révolution française, un autre en Belgique, mais je ne peux pas en dire plus. »

Un retour dans la musique
« J’ai commencé dans le rap et c’est sûr qu’un jour ou l’autre, je vais revenir avec un album de rap, c’est écrit dans mon destin, j’ai trop de flow, je dois faire un classique et je terminerai à l’Olympia. 

Une vie de palace pas si rose dans Privilèges

Manon Bresch et Melvil Poupaud engagés dans une lutte de pouvoir dans Privilèges. © Caroline Dubois

Tout juste a-t-elle été dévoilée au Festival Séries Mania de Lille que la série Privilèges est déjà disponible sur HBO Max. Une belle occasion de plonger dans l’univers impitoyable d’un palace parisien, où les relations humaines sont beaucoup moins rutilantes que les dorures des décors. Un monde géré par le redoutable Édouard Galzain (Melvil Poupaud) et dans lequel va pénétrer Adèle (Manon Bresch), une jeune détenue inscrite dans un programme de réinsertion.

« Ce qui nous a tout de suite séduits, c’est que le palace est un petit miroir de la société, avec un fonctionnement très vertical, et on a eu envie d’y accéder par la petite porte pour que ce soit plus universel, que l’on puisse s’identifier, explique Vladimir de Fontenay, co-créateur et co-scénariste de la série avec Marie Monge. On a alors réfléchi à la personne que l’on s’attend le moins à voir dans ce monde, en l’occurrence une prisonnière, et on a voulu faire en sorte qu’elle y trouve sa place, et même qu’elle devienne indispensable. »

Le duo a même eu le privilège d’accéder aux coulisses d’un véritable palace et d’observer le fonctionnement de chaque département, de la sécurité à la conciergerie, en passant par l’accueil. Melvil Poupaud a, lui, pu échanger avec un véritable directeur de palace : « Un type très sérieux, charismatique, charmant, mais j’ai eu envie d’en faire un personnage plus sombre, plus trouble, presque vénéneux, infréquentable, avoue-t-il. J’avais en tête Robert De Niro dans Casino. Dans la vraie vie, la politique, les magouilles, les rapports de pouvoir ne m’intéressent pas du tout, mais là, venant du cinéma d’auteur, je n’avais jamais fait de gangster, et je suis heureux que l’on ait pu se permettre beaucoup de choses et pousser le curseur assez loin. »

Manon Bresch ne cache pas, à l’inverse, une vraie fascination « pour les lieux où le pouvoir se redistribue dès que les portes se ferment, ces systèmes hiérarchiques où les gens acceptent de s’oublier, de se soumettre ». Ce qui n’est pas le cas d’Adèle dans la série : « Mon personnage devient de plus en plus manipulateur aussi. C’est une arène où l’on rencontre énormément de personnes qui sont à la croisée de leur destin, de leur chemin. Tous ont quelque chose à perdre ou à gagner. Adèle a des valeurs morales différentes des miennes, mais c’est un plaisir de pouvoir représenter des personnages qui épousent leurs failles, parce qu’il s’agit de leur survie. Dans l’hôtel, on a l’impression que les clients sont les rois, tout en haut, mais ceux qui détiennent leurs secrets et les clefs de leurs désirs, ce sont les petites mains qui les servent. »

Bluffés par le travail des équipes de décoration, qui ont reconstruit l’intérieur du palace dans un studio, les acteurs reconnaissent que le cadre de l’hôtel leur a facilité l’incarnation, et tous sont prêts à signer pour une deuxième saison si les audiences sont au rendez-vous.

« Privilèges », une série en 6 épisodes de Marie Monge et Vladimir de Fontenay, avec Manon Bresch et Melvil Poupaud, désormais disponible sur HBO Max.