Éthernel, la série qui imagine redonner la parole aux défunts

Edwige Baily et Michaël Abiteboul, les principaux protagonistes de la série Ethernel.

Présentée en avant-première le mois dernier au festival Séries Mania de Lille, la surprenante série belge Éthernel est désormais diffusée sur la RTBF et disponible sur la plateforme de la chaîne.

Le sujet peut difficilement laisser insensible puisqu’il s’agit d’une intrigue policière liée à la création, dans les années 2030, d’une borne, baptisée Etherna, qui permet d’entrer en communication avec les défunts grâce à un objet leur ayant appartenu.

« Je connaissais la qualité du réalisateur Nicolas Boucard et des scénaristes Romain Renard et Olivier Tollet, et j’ai trouvé ce pitch extrêmement audacieux », confie la comédienne Edwige Baily.

Celle-ci incarne Lara Di Angeli, une policière italienne assez mystérieuse, qui travaille habituellement pour le Vatican à Rome : « Elle a été envoyée en mission en Belgique pour retrouver un objet précieux qui aurait disparu », précise-t-elle.

Son enquête va la mener à croiser la route du protagoniste principal, David Novack (joué par Michaël Abiteboul), lui-même à la recherche d’un objet ayant appartenu à sa femme, décédée quelques années plus tôt. Une double enquête parallèle se met donc en place.

Edwige Baily aimerait-elle que la fiction devienne un jour réalité ? « Je trouve qu’à l’échelle familiale, ça donne envie. C’est agréable de se laisser bercer par l’idée que ce serait possible. Après, si on remonte sur des millénaires, si tous les morts avaient droit à la parole, le monde serait une vraie cacophonie, sourit-elle. Cela dit, avec le recul, ils auraient peut-être des choses à nous enseigner, un regard sur le monde qui n’est pas celui des vivants. »

« Éthernel », série en 6 épisodes avec Michaël Abiteboul, Edwige Baily et Alexia Depicker, disponible sur la plateforme de la RTBF.

Dans Intraçables, la déconnexion est une question de survie

Alexis Michalik et Sofia Essaidi, un couple vite brisé par le destin. (c) Laurent Bleuze - RTS

Présentée il y a un peu plus d’un an au festival Séries Mania, la série Intraçables est enfin disponible sur Prime Video, en attendant une diffusion dans le courant de l’année sur TF1. Sofia Essaïdi y incarne Giulia, une femme épanouie qui file le parfait amour avec David (Alexis Michalik), jusqu’à ce que ce dernier disparaisse dans une tragique explosion. Cinq ans après le drame, Giulia n’a toujours pas fait son deuil et, convaincue qu’il ne s’agissait pas d’un simple accident, elle se lance dans une enquête qui va la mettre en grand danger. Traquée par un redoutable hacker, elle n’a qu’une solution : opérer une déconnexion totale pour se rendre… intraçable.

On rassure ses fans : le personnage d’Alexis Michalik dispose de bien plus que quelques minutes de visibilité dans la série. « En lisant le début du scénario, je me suis dit que ça allait être un job d’été avec juste quelques jours de tournage, sourit-il. Plus sérieusement, j’avais été prévenu en amont que je n’allais pas juste incarner un personnage qui meurt au bout de trois minutes. Plus j’ai avancé dans la lecture, plus j’ai compris qu’il allait y avoir énormément de flashbacks et qu’on allait se plonger dans le passé de cette famille. »

Le comédien a surtout été séduit par le propos de la série, une sorte de thriller d’anticipation. « Avec les téléphones, l’intelligence artificielle, on se sent tous un peu fliqués, ça joue sur nos peurs, nos angoisses, confie-t-il. Le message, c’est de faire attention au bon usage de la technologie. »

Alexis Michalik admet cependant que l’expérience n’a pas influé sur son rapport au numérique. « C’est terrible à dire, mais je suis accro : je suis tout le temps sur mon téléphone, je l’utilise pour tout. L’IA est une sorte de super-assistante très efficace, à mes yeux. Elle ne m’inquiète pas. »

Déjà récompensé de cinq Molières pour ses différents spectacles (Le Porteur d’histoire, Les Producteurs, Edmond…), il prend autant de plaisir en tant qu’acteur que comme metteur en scène. « C’est la multiplicité des projets qui me plaît et qui chasse l’ennui. J’adore écrire, mener un projet de A à Z, mais ça me plaît tout autant d’être comédien et de me mettre au service d’un projet », comme ce fut le cas pour Intraçables.

« Intraçables », série en 6 épisodes, avec Sofia Essaïdi, Alexis Michalik, Irène Jacob, disponible sur Prime Video.

Salim Kechiouche fervent partisan d’un cinéma social et engagé

Salim Kechiouche, un policier dans la tourmente dans le film L'Enfant bélier, bientôt au cinéma. (c) Destiny film.

De François Ozon (Les Amants criminels) à Abdellatif Kechiche (La Vie d’Adèle, Mektoub, My Love), en passant par Alexandre Arcady (Ce que le jour doit à la nuit), Salim Kechiouche a déjà croisé la route de grands réalisateurs, passant lui-même derrière la caméra pour réaliser, en 2022, son premier long métrage, L’Enfant du paradis.

En tant qu’acteur, son actualité est chargée puisqu’on peut le retrouver en ce moment dans la série Un prophète, diffusée sur Canal+, et, en fin de mois, dans le film L’Enfant bélier de Marta Bergman, où il tient le rôle principal. Deux tournages qui l’ont particulièrement séduit.
« Il y a une multitude de façons de faire des films. Parfois, on a envie de faire du grand spectacle, des films où on en prend plein les yeux, mais c’est vrai que, parfois, j’ai envie de m’engager dans des films engagés, qui parlent de causes que je juge justes, qui interrogent le monde sur des sujets difficiles, sensibles, parfois invisibilisés. »

L’Enfant bélier, qui sort le 29 avril en salles, permet d’évoquer le cas des migrants à travers une histoire inspirée d’un fait réel. « Je joue le rôle d’un policier chargé de surveiller les passeurs à la frontière belge et qui va commettre une bavure en tirant sur un enfant, explique-t-il. Il va devoir accepter la version que la police va lui soumettre alors qu’il ne se souvient absolument pas de ce qu’il s’est réellement passé. Il ne sait pas qui, de la police ou des migrants, a tort ou raison. Ça parle du trouble post-traumatique, de la façon dont l’excitation et le stress jouent sur ses souvenirs. »

Un film qui met en lumière un véritable drame humain : « Ça parle des migrants, qui sont des victimes dans leur pays, qui veulent partir vers un ailleurs qui leur semble meilleur mais qui est parfois pire, car ils ne sont pas souvent accueillis à bras ouverts : ils sont même plutôt rejetés et maltraités, déplore-t-il. Comme dans L’Histoire de Souleymane, qui a eu un grand retentissement au Festival de Cannes il y a deux ans, ce film permet de mettre un visage sur ces gens dont on parle comme d’une entité, comme s’ils n’étaient pas des êtres humains. Ça m’a bouleversé. »

Dans un tout autre registre, la série Un prophète, adaptée du film éponyme de Jacques Audiard (2009), l’a également profondément marqué : « C’est une série qui m’a vraiment scotché. Je ne dis pas ça parce que je suis dedans, mais ça faisait longtemps que je n’avais pas vu une série française de cette qualité-là. Elle prend son temps au début pour déployer le récit : on apprend à connaître les personnages et ça monte en puissance d’épisode en épisode. En la regardant, j’ai été traversé par plusieurs émotions fortes : j’ai eu des frissons, les larmes aux yeux, j’ai rigolé, je me suis questionné. C’est une série poétique, très puissante, avec une écriture, une interprétation et une réalisation au sommet. »

Salim Kechiouche y incarne un avocat, demi-frère de l’une des grosses têtes du narcotrafic à Marseille. « C’est un personnage un peu victime des autres, sous pression, qui va peu à peu s’émanciper et faire des alliances. Il est assez ambigu, versatile, mystérieux. Ça se passe dans le milieu carcéral, ça parle de manipulation, de pouvoir, de violence. »

D’ici quelques mois, on le retrouvera également dans une autre série, Malin Fors, où il jouera un policier, aux côtés de Cécile de France, lancée dans des enquêtes sur des meurtres sordides commis par un tueur en série.

Salim Kechiouche est actuellement à l’affiche de la série Un prophète sur Canal+, et il sera dans le film L’Enfant bélier, en salle dès le 29 avril.

Zize transforme votre soirée en un moment irréZIZEtible

La Marseillaise Zize se réjouit de retrouver le public du Nord. (c) Philippe du Crest

Il y a des jours où il vaut mieux rester au lit. C’est ce qu’a dû penser Zize en apprenant, le même jour, que son mari la trompait, que sa belle-fille était enceinte et qu’elle allait donc devenir grand-mère. Dans « IrréZIZEtible », le spectacle qu’il jouera le vendredi 24 avril (20 h) à Lille Grand Palais, Louis Naitana, également connu sous le nom de Thierry Wilson, fait encore vivre de sacrées aventures à ce personage de Zize, qui s’imagine davantage en sexygénaire qu’en mamie gâteau.

L’humoriste rêvait pourtant initialement de théâtre classique, avant de vouer une véritable fascination au transformisme, travaillant pour Michou et partageant une tranche de vie avec Coccinelle, l’icône transgenre des années 1950 qu’il épousa en 1996.

La création de Zize, en 2014, fut inspirée par Marie-Thérèse Porchet, le personnage imaginé par l’humoriste suisse Joseph Gorgoni : « Quand je l’ai vue, ça a été une révélation, admet-il. Ce personnage s’est imposé à moi, qui ai grandi dans un univers de femmes, avec ma mère qui tenait un salon de coiffure. J’avais l’impression que c’était une magicienne, car des femmes y entraient en étant moches et ma mère les rendait belles et heureuses. »

Physiquement, l’idée était de ressembler à Sylvia Fine, la mère de Fran Fine dans la série télévisée Une nounou d’enfer. Mission accomplie. Et si sa légende assure qu’elle a été sosie de Madonna, mais aussi Miss Marseille, Zize est heureuse de retrouver une région qui l’a quasiment vue naître. « Mon premier public a été celui de la fête du poisson à Boulogne-sur-Mer, la ville d’origine d’Hortensia (de son vrai nom Jacky Hénu), un gars avec une culture et une générosité extraordinaires, avec qui je partageais ma loge chez Michou, se souvient-elle. À son décès, l’an passé, je me suis senti très seul, mais j’ai alors noué des liens forts avec un autre gars du Nord, Jeanfi Janssens, dont j’ai fait récemment les premières parties à Lille. J’ai toujours fait des rencontres merveilleuses avec les gens de chez vous. »

La vie de Zize est déjà un vrai roman, dont le prochain chapitre pourrait s’écrire au cinéma. « Il y a un projet de film depuis un moment. J’espère que ça se fera un jour. Catherine Frot m’a dit qu’il fallait absolument trouver le bon réalisateur, capable de donner à l’écran ce que je donne sur scène pour ne pas faire un flop, confie-t-il. Il faut une certaine psychologie pour comprendre le personnage de Zize, ne pas faire une grosse comédie bien lourde. Beaucoup de gens voient uniquement le transformiste, l’homme habillé en femme, mais Zize, c’est une mère de famille qui vit sa vie de femme. La subtilité est là. »

« IrréZIZEtible », le vendredi 24 avril 2026 (20 h) à Lille Grand Palais.

Blue Katrice n’avait pas de plan B

Blue Katrice a été retenue pour la finale des Inouïs du Printemps de Bourges. (c) Delphine Lapouss

Qualifiée pour la grande finale nationale des Inouïs du Printemps de Bourges, la Roubaisienne Blue Katrice sera ce mercredi 5 avril sur la scène du 22 Est & Ouest. Une belle reconnaissance du travail de cette fille de pianiste, qui ne s’est pourtant prise de passion pour la musique que depuis quelques années. « La musique faisait partie de notre éducation, j’étais inscrite au conservatoire, j’ai appris le violoncelle pendant onze ans, mais je n’étais pas impliquée, ça ne me plaisait pas, j’ai arrêté. »

En difficulté sur le plan scolaire, la jeune femme a d’abord eu du mal à trouver sa voie. « Je me cherchais beaucoup, alors je suis partie vivre un an en Géorgie et puis, en revenant, j’avais envie de réaliser des clips, de travailler dans le visuel, et la Covid est arrivée, confie-t-elle. Je me suis questionnée, en mode drama queen : qu’est-ce que j’ai envie de faire de ma vie ? Et puis j’ai décidé de me remettre à la musique. J’ai commencé à y consacrer énormément de temps avec des potes, dans un cagibi que j’avais aménagé en studio au fond du jardin de ma mère. »

Quelques mois plus tard, elle est allée présenter son travail à la Cave aux Poètes, à Roubaix. « Les salles de concert étaient encore fermées, alors ils avaient un peu plus de temps. Ils m’ont donc proposé de m’accompagner, et c’est à partir de là que tout a vraiment commencé », indique-t-elle. En novembre 2022, elle faisait même sa première scène au festival Crossroads. « J’avais très peur, je ne savais pas comment aborder ça. Quatre ans plus tard, je commence seulement à être à l’aise. »

Bercée dans sa jeunesse par Massive Attack et Radiohead, puis plus sensible ces derniers temps à des artistes un peu inclassables comme James Blake, Caroline Polachek ou Saya Grey, Blue Katrice ne se définit pas non plus dans une case en particulier. « Ma musique est construite comme de la pop, très influencée par le rock indépendant anglais, l’électro, mais aussi un peu de jazz. Je n’ai pas défini de style, je veux garder beaucoup de liberté, de créativité. »

Suivie également par le Grand Mix, à Tourcoing, qui l’a prise plusieurs fois en résidence, Blue Katrice « remplit le frigo et paie les factures » grâce à sa musique. « Je suis intermittente, ça reste précaire, mais de toute façon, je ne sais rien faire d’autre, indique-t-elle. Il n’y avait pas de plan B, donc il faut obligatoirement que ça fonctionne dans la musique, même si ça doit prendre dix ans. Si je prends un job alimentaire, je vais être triste, déprimée. »

Accompagnée de deux musiciens sur scène, la Nordiste écrit et compose seule. Un premier EP intitulé Inner Shelter (« refuge intime ») est déjà sorti en 2024, et plusieurs nouveaux titres devraient être dévoilés au cours des prochains mois. « Le premier EP était très intime, ça parlait d’amour, d’addiction, de santé mentale, plein de choses qui me traversent de près ou de loin, que je ressens ou que je m’approprie. La suite relève plutôt de la rébellion joyeuse. » Ce passage au Printemps de Bourges sera, elle l’espère, un vrai tremplin pour un projet musical désormais plutôt bien identifié dans la région, mais qu’elle souhaite exporter partout en France.