Plusieurs comédiennes, membres du collectif « MeToo Théâtre », ont construit un spectacle, intitulé « Les Histrioniques, un trou dans la raquette » qui dénonce les violences sexistes et sexuelles dans le monde artistique. Un spectacle drôle, engagé et surtout nécessaire pour démonter les systèmes et libérer la parole. Entretien avec l’une des comédiennes, Nadège Cathelineau…
Comment avez-vous décidé de mettre à profit vos compétences artistiques au service d’un propos et de faire de ce spectacle une sorte de prolongement naturel de votre engagement militant ?
« Nous sommes toutes artistes et, dans nos créations, nous développions déjà nos univers de façon assez féministe, même si ce n’était pas de la même manière. Après le lancement du hashtag « MeToo Théâtre », nous avons sorti un livre avec des textes écrits lors d’un rassemblement. Ça a été la première trace : les textes étaient restitués de façon brute, comme un documentaire, et je crois que ça a été la première transformation de notre militantisme en objet artistique.
On s’est alors dit que nous pourrions utiliser nos compétences pour créer cette pièce, qui cumule la qualité du sujet et une forme croisée entre documentaire et spectacle, organisée autour des héroïnes, des militantes, et pas seulement d’une victime. Cela ne coupe pas de l’affect et cela renforce la réflexion à l’endroit des failles systémiques que l’on peut rencontrer, comme le manque de dispositifs du ministère de la Culture, que l’on assimile à un énorme trou dans la raquette, ls freins administratifs, avec des agresseurs signalés qui restent parfois en poste, des aberrations auxquelles ont été confrontés de trop nombreuses personnes. »
Le spectacle est annoncé comme une enquête entre fiction et réalité. Concrètement, comment avez-vous procédé ?
« On n’a rien inventé dans le spectacle : il y a beaucoup de citations de tribunes publiques de personnes accusées ou de leurs soutiens. L’effort de fiction, nous l’avons fait dans le traitement, dans la forme, dans l’incarnation. Nous avons fait le choix de nous centrer sur une affaire, qui est la synthèse de toutes les autres. »
Vous êtes cinq femmes sur scène, a-t-il été envisagé qu’il y ait un homme ? Histoire de montrer que c’est le combat de tous et pas seulement des femmes.
« Je crois que nous ne répondrions pas toutes de la même façon à cette question, mais je dirais que nous ne sommes pas fermées à la présence d’hommes dans notre collectif. Cependant, aucun n’est venu frapper à notre porte pour s’engager avec nous. Nous avons développé un espace de travail en non-mixité ; je n’ai pas l’impression que nous en souffrions. Cela ne semblait pas indispensable pour notre propos et notre spectacle. La distribution a été faite avec des membres constitutifs du collectif. »
Et le public qui vient vous voir, est-il paritaire ou majoritairement féminin ?
« Il est essentiellement féminin. C’était notamment très frappant à Paris : il devait y avoir, au mieux, un dixième d’hommes dans la salle. Mais ceux qui sont venus sont repartis contents car, je pense, nous abordons les sujets de façon clairvoyante, lucide et intelligente. Les hommes qui ont envie de venir ne doivent pas s’inquiéter : ils sont les bienvenus. »
Songez-vous déjà à d’autres actions du même genre ?
« C’était la première création théâtrale du collectif. Cela dépendra s’il y a suffisamment de partenaires pour créer un deuxième opus, mais il est évident que nous avons la matière pour le faire : nous avons encore beaucoup d’autres choses à raconter. Nous voyons que cela permet d’éveiller les consciences. Beaucoup de comédiennes en formation qui étaient à Avignon l’été dernier nous ont écrit. On sent qu’il y a un vrai besoin d’écoute, d’accompagnement. Il faut que des chartes et des protocoles soient rédigés. »
« Les histrioniques », au théâtre du Nord à Lille, le samedi 7 mars (18 h), dimanche 8 mars (16 h) et lundi 9 mars (19 h 30). Le spectacle du samedi 7 sera suivi d’un aftershow avec Flore Benguigui.