Cléa Vincent en toute intimité à La Condition Publique

Cléa Vincent sera ce dimanche à La Condition publique à Roubaix (c) Marc Shelly

La chanteuse et pianiste Cléa Vincent sera, ce dimanche (17 h 30), avec l’artiste brésilienne Marissol Mwaba, l’une des premières invitées du « Club », un nouveau concept de rendez-vous artistique intimiste imaginé par La Condition Publique à Roubaix. Après un quatrième album, « Advitam Æternamour », sorti en 2024, cette digne représentante de la nouvelle scène pop française a décidé de revenir aux sources avec un projet plus instrumental, concrétisé par la sortie de l’EP Speakeasy.

Dimanche, au sein du « Club » de la Condition Publique, vous allez proposer un concert un peu comme si vous veniez jouer dans le salon des gens. Est-ce le genre de format intimiste que vous aimez expérimenter ?

« Pour être franche, j’étais plutôt adepte des clubs, avec du public debout, du gros son, mais j’avais envie de m’éloigner un peu de ça avec ce projet plus instrumental. J’adore aussi le jazz, les ambiances cosy. J’ai une culture house-électro, mais j’aime aussi être avec des musiciens. J’avais demandé à mon tourneur s’il pouvait me trouver des dates avec un vrai piano.
La vie nous fait souvent faire des boucles : on est obligés de se réinventer, les cartes sont redistribuées. J’avais basculé vers l’électro, mais je reviens un peu à mes premiers pas, en étant une autre femme. C’est un peu comme dans un jeu vidéo, où l’on doit rejouer le même niveau, notre personnage repasse par le même chemin mais en allant un peu plus vite. »

Vous avez sorti l’album Advitam Æternamour en 2024, puis l’EP Speakeasy, un projet plus instrumental. Allez-vous donner un aperçu de chacun lors de ce concert à Roubaix ?

« On a préparé ces concerts en bossant 45 morceaux. J’ai eu l’audace de dire à mes musiciens, que je connais quand même depuis douze ans, que je n’allais pas faire de setlist et qu’on allait piocher un peu sur le vif, presque au hasard. C’est un peu aventureux, car les musiciens aiment avoir une conduite claire, mais on se connaît tellement bien. Il y aura un peu de tout, des titres aussi des EP Tropi-Cléa et sans doute même un morceau que l’on a adapté de Los Fanfarons, un autre de mes projets. »

Vous avez déjà eu l’occasion de venir souvent dans le Nord. Qu’attendez-vous de ce rendez-vous ?

« J’adore venir ici. J’aime l’ambiance de la ville, ces briques rouges. J’ai joué récemment au Bulle Café. Les gens du Nord sont très avenants, ils viennent parler après les concerts. Je connais quelques artistes comme Stella Plage et Quantum Quantum, avec qui j’ai collaboré. Je trouve que le public est à l’avant-garde. Il est averti, attentif, curieux… Il y a chez vous la richesse culturelle de Paris, sans le côté ultra-pressé. Et puis il y a un vrai rapport à la fête. »

Cléa Vincent, ce dimanche 8 février (17 h 30) à La Condition Publique à Roubaix.

Lille, ville étape des ultimes « Parades » de Diane Segard

Diane Segard sera ce samedi au Zénith de Lille avec son spectacle Parades.

Depuis trois ans, Diane Segard a fait le tour de France, des petites salles aux Zéniths. Elle a emmené son premier spectacle, « Parades », à la rencontre des Français, qui lui ont réservé l’accueil que son talent méritait. Son humilité dût-elle en souffrir, l’humoriste occupe désormais une place de choix dans la grande famille du rire. « Je suis encore très jeune, je ne suis qu’au tout début de ma carrière. Je ne me sens pas encore au même niveau que certains artistes que je côtoie, mais je suis déjà heureuse d’avoir accès à eux », confiait-elle en début de semaine, après avoir remis, avec une émotion non feinte, un Auguste d’honneur à Muriel Robin.

« C’est l’une des premières humoristes que j’ai découvertes à la télévision quand j’étais petite. Je suis très admirative de son travail ; ses sketchs sont indémodables et inspireront sans doute encore les prochaines générations d’humoristes, estime-t-elle. J’étais vraiment émue, émerveillée, intimidée de lui remettre ce prix. »

Tout comme elle l’était de tourner aux côtés de Didier Bourdon, Chantal Ladesou ou encore Thierry Lhermitte dans le film « Chasse gardée 2 », sorti il y a quelques semaines au cinéma. « C’était fou, incroyable de jouer avec des gens qui sont des patrons de l’humour en France », précise l’artiste, qui assure ne se « fermer aucune porte » et avoir « l’envie de jouer, quel que soit le média : sur scène, au cinéma, à la télévision, au théâtre… »

Valeur sûre désormais de la scène française, Diane Segard boucle actuellement l’ultime tournée de son premier spectacle, « Parades », qu’elle joue depuis déjà trois ans et dans lequel elle campe toute une galerie de personnages, essentiellement féminins, en pointant leurs outrances, leurs névroses… « Je puise dans le quotidien, ce que je vis, ce que je vois, ce que j’entends, afin que les gens s’y retrouvent et, évidemment, je tire le fil pour en faire des caricatures. »

Pour ceux qui ne la connaissent pas, ne manquez pas l’occasion de voir l’une des dernières dates, ce samedi à Lille, d’un spectacle qu’elle a beaucoup fait évoluer. « Il n’était initialement pas écrit pour de si grandes salles, donc on l’a retravaillé pour que ce soit encore plus un show, à la mesure d’un Zénith. Au fil du temps, on a aussi ajouté, retiré ou fait évoluer quelques personnages », conclut la jeune femme, ravie de retrouver Lille, une ville qu’elle adore « avec un public chaleureux et vivant ».

« Parades », un spectacle de Diane Segard, ce samedi 7 février (20 h) au Zénith de Lille. Prix : de 39 à 59 €.

L’humour comme porte d’entrée à la musique classique

Alex Vizorek célèbre l'union de l'humour et de la musique classique

Alex Vizorek sera ce vendredi soir au Colisée de Roubaix pour un spectacle, « Je n’aime pas le classique mais avec Alex Vizorek j’aime bien », qui mêle musique et humour. « C’est la suite de “Je n’aime pas le classique mais avec Gaspard Proust j’aime bien”. Le but, c’est de montrer aux gens qu’en réalité, ils apprécient des choses qu’ils pensent ne pas aimer », confie l’humoriste.

Pas initié au classique durant son enfance, Alex Vizorek avoue avoir parfois eu un complexe vis-à-vis de cette grande musique, mais il y a pris goût grâce notamment à l’Orchestre national de Lille. « J’ai été convié à venir comme récitant, notamment sur Carmen à l’époque d’Alexandre Bloch. J’avais adoré ces expériences et je me dis que certaines familles ne vont pas voir de concerts de musique classique parce qu’elles doivent penser que ce n’est pas accessible à tout le monde. Parce que c’est moi, elles vont peut-être se sentir autorisées à venir écouter. Si je peux être un trait d’union pour leur montrer que ce n’est pas un monde fermé. »

Pour préparer ce show, Alex Vizorek a demandé à ses musiciens de choisir les morceaux qu’ils aimaient. « En fonction de leurs choix, je me renseigne, j’apprends et j’explique aux gens pourquoi c’est de la bonne musique, poursuit-il. Évidemment, je fais des blagues sur Vivaldi, Mozart, Beethoven, Gershwin, Brahms et ça fonctionne bien. Il y a un peu plus de 50 minutes de musique, entrecoupées par 35 minutes de vannes, donc chacun peut s’y retrouver. J’ai moi-même une très bonne place pour assister au concert : parfois, je relis un peu mes notes quand les six musiciens jouent, mais je me laisse le plus souvent embarqué. Ils sont hyper doués. C’est vraiment un chouette exercice à faire, c’est une autre offre. »

« Je n’aime pas le classique mais avec Alex Vizorek j’aime bien », ce vendredi 6 février (20 h), au Colisée de Roubaix.

Simon Fache embarque Novecento sur scène

Séduit par la lecture de Novecento, Simon Fache a décidé d'en faire un spectacle.

À quoi tient un spectacle ? Parfois à un simple cadeau. Novecento, que le musicien tourquennois Simon Fache joue depuis le début de la semaine et jusqu’au 14 février au théâtre de La Virgule à Tourcoing, en est le parfait exemple. « Mon régisseur, sur des spectacles précédents, m’avait offert ce livre. L’histoire est racontée par un trompettiste, qui parle d’un pianiste, et l’action se passe sur un bateau. Or, il se trouve que je suis pianiste et trompettiste, mais que je suis aussi marin : j’ai un bateau et, en faisant un tour de Bretagne, j’ai eu envie d’adapter ce livre pour en faire du théâtre musicalisé », confie l’intéressé.

Habitué à faire des spectacles musicaux, souvent humoristiques, comme Pianistologie (plus de 300 dates) ou Pianiste tout-terrain, qui a fêté sa 150e représentation il y a presque un an au Colisée de Roubaix, Simon Fache avait toutefois une petite réticence, n’étant pas comédien. « J’en ai parlé à Béatrice Agenin, une grande dame du théâtre, ancienne sociétaire de la Comédie-Française, connue du grand public pour son rôle de Reine dans la série Une famille formidable, mais aussi pour celui de Roxane dans Cyrano de Bergerac, où elle donnait la réplique à un certain Jean-Paul Belmondo, confie-t-il. Elle m’a dit qu’elle avait déjà vu cette pièce jouée par des comédiens, mais qu’il était en effet important que ce soit raconté par un musicien. C’était tout nouveau pour moi de reprendre un texte qui n’a pas été écrit par moi et d’interpréter un personnage qui n’est pas moi. Je suis accompagné par Fabrice à la contrebasse, mais le texte est un monologue. Fabrice fait aussi la machinerie, car il y a un décor magnifique à base de voiles qui sont hissées ou baissées au fil du spectacle. Il y a aussi des mâts, des écoutes. »

Simon Fache raconte donc l’histoire de Novecento, né sur un paquebot, adopté par l’équipage avec lequel il a grandi. Il n’a jamais quitté le bateau et y est devenu un pianiste de grand talent. Dans le livre, ce destin extraordinaire est conté par Tim Tooney, trompettiste de l’orchestre, qui fut le témoin privilégié de cette vie pas comme les autres. « J’ai créé une bande originale musicale pour le spectacle en m’inspirant d’œuvres composées dans les mêmes années, entre 1946 et 1947 », précise le musicien, qui a travaillé avec Béatrice Agenin puis avec Alexandre Carrière, comédien, metteur en scène mais aussi musicien. « J’ai appliqué leurs conseils. Après, étant sur scène depuis plus de quarante ans, je connaissais déjà pas mal de choses comme l’occupation du plateau, la voix, le regard. »

Créé en juin 2024, Novecento a été joué deux fois de suite au Festival d’Avignon. Il poursuit sa vie en tournée, ce qui n’empêche pas Simon Fache de déjà travailler sur sa prochaine création et de se lancer, pour le plaisir, dans des sessions d’enregistrement live dans son studio avec son big band, un orchestre de jazz, en conviant à chaque fois un invité. La captation sera ensuite diffusée sur les réseaux et la chaîne YouTube de l’artiste.

« Novecento » avec Simon Fache, jusqu’au 14 février au salon de théâtre de la Virgule à Tourcoing. Représentation mardi, mercredi, jeudi et vendredi à 20 h, samedi à 17 h. Places de 10 à 20 €.

Christophe Gans fait son retour à Silent Hill

James va devoir se confronter à son moi profond. (c) Aleksandar Letic - 2025 Room - 318 productions.

C’est l’une des sagas les plus célèbres de l’univers vidéoludique. Plus de dix millions de gamers à travers le monde ont frissonné en se plongeant dans l’univers de Silent Hill, ce jeu de type survival horror édité par la société japonaise Konami. Parmi eux, un certain Christophe Gans, réalisateur et scénariste à succès, à qui l’on doit, entre autres, Crying Freeman, Le Pacte des loups ou encore La Belle et la Bête.

En 2006, l’homme avait déjà signé une première adaptation cinématographique de Silent Hill. Qu’est-ce qui l’a motivé à remettre le couvert vingt ans plus tard ? « Quand on aime Silent Hill, ça peut facilement devenir une obsession, c’est mon cas. C’est un univers extrêmement étrange, complexe, qu’on ne cesse de découvrir, confie-t-il. J’y rejoue beaucoup et, chaque fois, j’ai l’impression qu’il y a des couches souterraines, des sens que je n’avais pas vus jusqu’à maintenant. C’est un univers qui se prête à beaucoup d’interprétations, assez cryptique, très codifié. »

En réalisant Silent Hill, Christophe Gans n’avait pas hésité, pour composer sa bande originale, à faire appel au talent d’Akira Yamaoka, l’un des membres majeurs de la franchise Silent Hill, d’abord compositeur de la bande-son du jeu puis producteur dès le troisième volet. Une collaboration qui lui a permis d’en savoir davantage sur cette saga culte.

Pour ce deuxième opus, Retour à Silent Hill, en salle depuis ce mercredi 4 février, le réalisateur a tout disséqué : « J’ai refait le jeu et j’ai couché l’intégralité sur le papier. Je me suis aperçu que cela faisait 400 pages. Ça m’a confirmé que 12 à 15 heures de jeu ne pouvaient pas être transférées dans un film de moins de 120 minutes. J’ai écarté ce qui m’intéressait le moins et j’ai décidé de me consacrer à l’histoire d’amour entre James et Mary. »

C’est en recevant une étrange lettre de son épouse Mary, pourtant décédée d’une maladie, l’implorant de venir la retrouver, que James retourne à Silent Hill, une bourgade au bord d’un lac, qui n’a plus son charme d’antan et qui est, à l’inverse, infestée de monstres effrayants. « J’ai toujours fait des films très distincts les uns des autres et là, j’avais la crainte de faire un film qui ressemblait trop au premier Silent Hill, explique-t-il. Celui-là, je l’ai voulu plus organique. Je me suis intéressé à cette histoire d’amour qui est, en partie, le fragment d’une mémoire malade. À un moment donné, on peut se demander si l’on n’est pas en train de voir une hallucination générée par le personnage principal. »

Fan de David Lynch, Christophe Gans s’est inspiré du maître : « Je devais déplacer le curseur vers quelque chose que je n’avais jamais fait, une narration éclatée, avec ce moment où tout devient hallucinatoire, où les décors s’enchaînent, où il n’y a plus aucune logique spatio-temporelle. J’avais envie de me frotter à ça. »

Malgré les progrès de la technologie, le réalisateur a préféré opter pour de vrais comédiens, des danseuses et des acrobates pour incarner les créatures. « Je trouvais intéressant que les acteurs puissent interagir avec des monstres dont les mouvements sont restitués par des chorégraphies et non par la technique. Je me suis juste contenté d’altérer certaines formes en post-production », assure-t-il.

Pour son casting, Christophe Gans indique avoir songé à Hannah Anderson, qui incarne Mary, pour sa beauté symétrique, ces deux parties du visage exactement similaires qu’ont les personnages de jeux vidéo mais qui existent rarement dans la réalité. « Jérémy Irvine, je l’avais repéré dans Cheval de guerre de Spielberg, puis je l’ai revu dans la série Treadstone. J’ai trouvé qu’il avait une capacité à transmettre la panique qui l’envahit quand il ne comprend pas ce qui lui arrive, poursuit Christophe Gans. Au début du film, il a une bonne bouille, mais dans la dernière partie, il devient inquiétant, quand il est seul à se promener à travers ses souvenirs, quand il commence à réaliser qu’il est fou et se retrouve confronté à sa vérité. En plus, il avait vu le premier film, il avait joué au jeu. C’était beaucoup plus simple cette fois, car quasiment tout le monde connaissait Silent Hill, alors qu’en 2006, j’avais dû tout expliquer aux acteurs. »

Le deuil, la dépression et les dérives sectaires sont autant de thèmes sombres abordés dans le jeu et donc dans le film, des éléments que le réalisateur contrebalance par la beauté de ses images et de ses lumières.
« J’ai toujours voulu amener de la beauté dans la monstruosité, j’essaie de rendre mes monstres fascinants, parfois même étrangement sensuels, reconnaît Christophe Gans. J’ai toujours aimé ces sensations paradoxales où l’on se dit que c’est franchement inquiétant, mais beau en même temps. C’est la force du cinéma japonais, qui arrive à coller des éléments absolument antinomiques. »

Retour à Silent Hill, de Christophe Gans, est en salle depuis ce mercredi 4 février, avec Jérémy Irvine et Hannah Anderson.