Chaque mois, Planète Lille va à la rencontre d’un élève du Studio 8 de l’École du Nord. Le portrait du mois est consacré à Prince Sadjo Barry, qui fait partie du quatuor d’élèves inscrits dans le parcours mise en scène, écriture et dramaturgie.
La pandémie de Covid-19 n’a pas eu que des effets négatifs : elle a permis à un certain nombre de personnes de remettre en question leur orientation professionnelle. Ce fut notamment le cas de Prince Sadjo Barry, alors fonctionnaire stagiaire en tant que conseiller principal d’éducation. « Je me suis posé des questions et j’en ai conclu que j’étais un peu anesthésié dans mon travail, indique-t-il. Je n’avais pas de marge de manœuvre. Je ne dis pas que le théâtre, c’est la liberté absolue, mais il y a davantage d’espace pour poser des questions. »
Au lieu de poursuivre dans cette voie, il s’est donc orienté vers le théâtre : « J’avais commencé à l’université, dans un atelier avec Victor de Oliveira, un metteur en scène originaire du Mozambique. Il m’a proposé une vision décoloniale du théâtre qui me parlait, par rapport à ce que je suis, à l’univers dans lequel j’ai grandi. Mais, à mes yeux, ce n’était alors qu’une passion. »
Après deux années au Centre national dramatique de Besançon, Prince Sadjo Barry est rentré en Seine-et-Marne pour y créer sa compagnie : « Je faisais cinq métiers en même temps, de la production à la communication, mais je n’avais plus le temps de faire de l’artistique, de savoir où j’en étais, ce que je voulais monter. Puis est apparue l’opportunité de l’École du Nord. J’avais déjà 30 ans, j’avais donc dépassé la limite d’âge. J’ai demandé une dérogation, qui a été acceptée. J’ai donc mis ma compagnie en pause pendant trois ans. »
Au sein de l’École du Nord, les projets s’enchaînent et s’entremêlent. Récemment, dans le cadre des laboratoires classiques, il a monté La Mouette de Tchekhov. En parallèle, il travaille sur une pièce qui traite de la question des disparus sous la dictature de Sékou Touré en Guinée, mais aussi sur des cartes blanches avec l’Opéra de Lille. Il ne cache pas non plus son ambition de proposer un théâtre engagé.
« Je réfléchis à des contes afrofuturistes où il y a cette tendance de la Black Joy (joie noire). J’ai aussi envie de me lancer dans le jeune public, confesse-t-il. Mon curseur, ce sont mes neveux et nièces. Quand je vois des pièces, je me demande si j’aurais envie de les y emmener. Je pense aussi beaucoup au type de public qui va voir mes spectacles. Je ne crois ni en l’universel ni au théâtre populiste, même s’il y en a qui le font extrêmement bien. »