Qualifiée pour la grande finale nationale des Inouïs du Printemps de Bourges, la Roubaisienne Blue Katrice sera ce mercredi 5 avril sur la scène du 22 Est & Ouest. Une belle reconnaissance du travail de cette fille de pianiste, qui ne s’est pourtant prise de passion pour la musique que depuis quelques années. « La musique faisait partie de notre éducation, j’étais inscrite au conservatoire, j’ai appris le violoncelle pendant onze ans, mais je n’étais pas impliquée, ça ne me plaisait pas, j’ai arrêté. »
En difficulté sur le plan scolaire, la jeune femme a d’abord eu du mal à trouver sa voie. « Je me cherchais beaucoup, alors je suis partie vivre un an en Géorgie et puis, en revenant, j’avais envie de réaliser des clips, de travailler dans le visuel, et la Covid est arrivée, confie-t-elle. Je me suis questionnée, en mode drama queen : qu’est-ce que j’ai envie de faire de ma vie ? Et puis j’ai décidé de me remettre à la musique. J’ai commencé à y consacrer énormément de temps avec des potes, dans un cagibi que j’avais aménagé en studio au fond du jardin de ma mère. »
Quelques mois plus tard, elle est allée présenter son travail à la Cave aux Poètes, à Roubaix. « Les salles de concert étaient encore fermées, alors ils avaient un peu plus de temps. Ils m’ont donc proposé de m’accompagner, et c’est à partir de là que tout a vraiment commencé », indique-t-elle. En novembre 2022, elle faisait même sa première scène au festival Crossroads. « J’avais très peur, je ne savais pas comment aborder ça. Quatre ans plus tard, je commence seulement à être à l’aise. »
Bercée dans sa jeunesse par Massive Attack et Radiohead, puis plus sensible ces derniers temps à des artistes un peu inclassables comme James Blake, Caroline Polachek ou Saya Grey, Blue Katrice ne se définit pas non plus dans une case en particulier. « Ma musique est construite comme de la pop, très influencée par le rock indépendant anglais, l’électro, mais aussi un peu de jazz. Je n’ai pas défini de style, je veux garder beaucoup de liberté, de créativité. »
Suivie également par le Grand Mix, à Tourcoing, qui l’a prise plusieurs fois en résidence, Blue Katrice « remplit le frigo et paie les factures » grâce à sa musique. « Je suis intermittente, ça reste précaire, mais de toute façon, je ne sais rien faire d’autre, indique-t-elle. Il n’y avait pas de plan B, donc il faut obligatoirement que ça fonctionne dans la musique, même si ça doit prendre dix ans. Si je prends un job alimentaire, je vais être triste, déprimée. »
Accompagnée de deux musiciens sur scène, la Nordiste écrit et compose seule. Un premier EP intitulé Inner Shelter (« refuge intime ») est déjà sorti en 2024, et plusieurs nouveaux titres devraient être dévoilés au cours des prochains mois. « Le premier EP était très intime, ça parlait d’amour, d’addiction, de santé mentale, plein de choses qui me traversent de près ou de loin, que je ressens ou que je m’approprie. La suite relève plutôt de la rébellion joyeuse. » Ce passage au Printemps de Bourges sera, elle l’espère, un vrai tremplin pour un projet musical désormais plutôt bien identifié dans la région, mais qu’elle souhaite exporter partout en France.