Chanteur, compositeur, écrivain, graphiste, artiste pluridisciplinaire, Charlélie Couture revient sur le devant de la scène avec un nouvel album « Projet bleu vert », disponible depuis ce vendredi 10 avril, où il reprend, en duo, plusieurs de ses chansons en lien avec la nature.
Charlélie, comment est née cette idée ?
« C’est venu d’une rencontre avec des élèves du lycée Poincaré à Nancy, qui avaient travaillé plusieurs mois sur mon activité artistique dans différentes matières comme le français, la philosophie, la musique, les arts plastiques, la SVT. Ils avaient réfléchi à la question de la pluridisciplinarité et à la différence entre la maîtrise d’une technique et l’expression artistique. On parle souvent d’art comme d’un savoir-faire, alors qu’à mes yeux, l’art, c’est davantage la formulation d’une énergie que l’on a à l’intérieur de soi et que l’on partage : l’énergie des sentiments, des émotions. Et à la fin de leur travail, l’un d’entre eux est venu me dire qu’une grande partie de ce que je faisais était très engagée vis-à-vis de la nature, et que cela ne se savait pas plus que ça. De fait, c’est quelque chose qui me tient à cœur, plus encore depuis que je suis grand-père. Dans ma chanson « Toi, ma descendance », je parlais justement du monde que nous étions en train de laisser. Donc, plutôt que de faire un album avec de nouvelles chansons, j’ai choisi de donner une nouvelle vie à d’anciennes chansons que je pourrais réécrire mot pour mot aujourd’hui. »
Pourquoi avoir choisi de les reprendre en duo ?
« Je me suis dit que les partager leur donnerait une forme d’universalité. Alors j’ai cherché, parmi mes connaissances, qui accepterait ce projet, sachant que l’intégralité des profits sera versée à l’association France Nature Environnement. Ma relation avec la nature date de mes débuts. Dès le premier album que j’ai enregistré en 1978, il y avait la chanson « Le jardin de mon oncle », qui n’a pas bougé d’un poil : c’est l’histoire d’un pauvre gars dont on rachète les terres pour construire un building. Aujourd’hui, on ferait des hangars pour la grande distribution. Il y a de plus en plus de forêts qu’on avale pour y construire des objets du monde moderne. »
Jean-Louis Aubert, Yannick Noah ou encore Cali mais aussi des slameurs comme Souleymane Diamanka et Renaud Papillon Paravel ont notamment accepté votre invitation…
« Oui, je suis ravi de ce qui a été fait. Je regrette juste que la jeune génération, à qui je m’adresse, n’ait pas trop répondu. Mais ceux qui participent sont des gens formidables, avec lesquels on partage les mêmes questions, les mêmes inquiétudes. En général, je suis parti des chansons et, pour chacune, j’avais des noms en tête. Je me souviens que l’un des premiers que j’ai contactés, c’était Jean-Louis Aubert. Sur le principe, il était d’accord. Je lui envoie la chanson, mais il me rappelle assez vite en me disant qu’il ne la connaît pas, qu’il a plein de choses sur le feu, que cela va lui demander trop de temps et qu’il préfère me dire non. J’avoue que j’étais déçu en raccrochant. Et puis, 24 heures après, il m’a rappelé en me disant qu’il avait essayé quelque chose. Il me l’a envoyé : c’était super. Et au final, c’est donc le premier qui a dit non et le premier qui a dit oui.
Ce qui me plaît, au final, c’est que le disque est vraiment généreux. On n’a pas besoin d’aimer Charlélie Couture pour aimer ce disque-là : la communion des voix fait que le message est beaucoup plus universel que de simplement écouter mes chansons. Même musicalement, on a cherché une approche un peu neutre, de façon à ce que ce soit le fond qui prime. »
Vous partagez aussi un duo avec votre fille Yamée. Il y avait une notion de transmission, d’héritage ?
« Oui, il y a toujours un côté transmission, comme c’est dit dans le superbe film de Vincent Munier, « Le chant des forêts », qui vient d’avoir le César du meilleur documentaire. Il y a le grand-père, le père et le fils. Chez nous, ça existe depuis longtemps, mais pour le coup, c’est Yamée qui est venue me dire que si je reprenais, sur l’album, « La chanson de la petite rivière », elle souhaitait que ce soit avec elle. J’étais évidemment ravi qu’on la fasse ensemble, d’autant qu’elle en connaissait le sens, puisque c’est une rivière où j’allais pêcher avec mon père quand j’étais petit, mais où je me suis aperçu qu’il y avait de moins en moins de poissons. J’ai vu le garde-pêche et j’ai financé l’entretien pour que la rivière retrouve son rythme naturel. »
Dans l’album, il y a tout de même un titre inédit : « Engagé Volon-Terre ». Pourquoi ?
« Cette chanson était, comme bien d’autres, dans mes tiroirs depuis un moment. J’avais déjà la musique quand j’ai rencontré René Nunes, un chanteur brésilien dont j’adore la voix et la douceur. Je me suis dit que c’était bien de mélanger nos voix et ça donne quelque chose de généreux. C’est un peu différent du reste de l’album. »
Avec un album de duos, c’est compliqué d’imaginer une tournée, non ?
« L’album est déjà un objet à part entière qui a le mérite d’exister mais si on va sur scène, on essaiera de faire vivre les chansons pour ce qu’elles sont et s’il y a des invités disponibles sur certaines dates, ce sera tant mieux, mais ce sera sans doute plus simple d’en faire venir pour une émission de télévision. »
L’album « Projet bleu vert » de Charlélie Couture est disponible depuis ce vendredi 10 avril. Prix : 16,99 €.