Durant sa riche carrière, Catherine Lara avait déjà relevé le défi de monter des spectacles violon-danse, comme Bô et Au-delà des murs, mais avec Identités, le projet qu’elle partage avec les quatre danseurs de la compagnie Kumo, l’artiste française est allée encore plus loin.
« J’adore la danse en général, mais en les voyant en spectacle, j’ai eu les larmes aux yeux : un véritable coup de cœur. Je les ai trouvés émouvants et avec quelque chose en plus rythmiquement. Jamson Mahbel a l’habitude de construire ses chorégraphies de façon éblouissante puisque, au lieu d’être sur les premiers temps, il est en l’air, sur les contretemps. »
Sous le charme, Catherine Lara n’a pas hésité à aller à leur rencontre pour leur proposer une collaboration : « Ils auraient pu se dire : “Qu’est-ce qu’elle vient faire, la mamie ?” Ils ont chacun vingt ans et moi quatre fois leur âge, mais ils ont tout de suite été réceptifs. Ils ont été touchés par mes mots, la façon dont je leur ai parlé, de ce que j’avais observé, se souvient-elle. Je leur ai transmis ma passion et ça a fonctionné. Parce que c’était eux, parce que c’était moi. »
À 80 ans, elle a plongé dans cette belle aventure avec un immense enthousiasme. « Je m’étais posé la question d’arrêter ou pas. J’ai encore la pêche. Faire des concerts de façon événementielle ne me dérange pas, mais je ne voulais plus faire de tournées, enchaîner les dates, précise-t-elle. Je ne m’aime pas suffisamment pour me copier et, si je devais toujours faire la même chose, je m’ennuierais. Alors c’était bien d’aller voir ailleurs, de surprendre. J’avais aussi envie de me faire rêver. »
Mission accomplie avec ce spectacle Identité, qui, avec son apport, est donc devenu Identités, au pluriel, et qui a surtout été, en majeure partie et à plusieurs reprises, remanié. « Je pense qu’il reste à peu près 20 % du projet initial, avoue-t-elle. J’ai refait tous les arrangements musicaux. On a joué le spectacle plus de 45 fois et, entre chaque date, on répète pour l’améliorer, pour affûter notre histoire, indique-t-elle. On a travaillé la précision, les lumières, l’éclairage, la cohésion. Ce qui reste, c’est le concept, le discours. À travers leur danse et mon violon, on évoque la violence, le racisme, l’addiction aux téléphones, les réseaux sociaux… Ça résonne bien sûr avec l’actualité, mais on transcende tout ça poétiquement, et surtout pas politiquement. On ne donne de leçon à personne. Après, si on arrive à véhiculer certains messages, à donner quelques clés au public, c’est du bonus. Chacun fait son petit voyage. »
Catherine Lara, elle, se sent rajeunir. « Je suis comblée. Je m’aperçois que je n’ai pas perdu mon âme d’enfant, sourit-elle. Il y a vraiment une osmose dingue entre nous, une alchimie. C’est de la danse urbaine, oui, mais c’est de la danse contemporaine avant tout. Il y a vraiment des chorégraphies sophistiquées, c’est très méticuleux et le mélange fonctionne bien. Je trouvais ça très intéressant d’aller dans ce monde de la rue avec une autre musique. »
« Identités », un voyage musical avec Catherine Lara et la compagnie Kumo, le jeudi 16 avril (20 h) au théâtre Sébastopol à Lille.