Avec déjà plus de quinze ans de carrière, plusieurs spectacles, un film, « Flashback », en tant que réalisatrice, et une soirée dans la peau de maîtresse de cérémonie des Molières, Caroline Vigneaux peut légitimement prendre de la hauteur et mesurer le chemin accompli.
La jeune avocate qu’elle était encore en 2007 ne doit vraiment pas regretter la décision qu’elle a prise de quitter la robe pour se lancer dans l’humour. Un choix payant, inspirant même pour des tas de personnes qui ne sont pas épanouies dans leur vie professionnelle et qui n’osent pas changer de métier et repartir de zéro. « Le plus dur, ce n’est pas de faire le grand saut, c’est de réussir à nager ensuite quand on est dans l’eau froide », sourit-elle.
Attendue le samedi 28 mars (20 h) au Zéphyr de Hem, l’artiste viendra y jouer son quatrième spectacle, « In Vigneaux Veritas », dans lequel elle a décidé de délivrer à son public tout un ensemble de vérités, parfois sur des sujets d’ordre général comme la création des cornflakes, mais aussi sur des questions plus intimes.
« J’ai désormais plus de cinquante ans, je suis au sommet de ma vie et j’admire la vue avant d’entamer la descente, poursuit-elle. L’avantage, c’est que je peux m’adresser à plusieurs générations, aux plus jeunes comme aux plus vieux, et ainsi créer du lien entre elles. Typiquement, j’ai un compte TikTok, mais je paie quelqu’un pour le gérer, car je ne sais pas m’en servir. »
Dans son spectacle, Caroline Vigneaux n’hésite pas à aborder des sujets sensibles comme le décès d’un proche (en l’occurrence son papa) ou les violences sexistes, utilisant le rire comme un acte de résistance, voire même de résilience. « Le rire est important pour montrer aux agresseurs que nous sommes toujours là, insiste-t-elle. Je suis une humoriste féministe engagée, mais pas seulement : je suis aussi une humaniste et je veux que ce spectacle fasse rire les gens, mais aussi qu’il leur fasse du bien, qu’ils apprennent des choses. Le plus beau compliment que l’on puisse me faire, c’est de dire que je fais un humour intelligent. »
Si ses spectacles ne sont pas encore remboursés par la Sécurité sociale, ils coûtent sans doute moins cher et sont parfois aussi efficaces qu’un bon suivi chez un psy. « Ce qui est sûr, c’est que je reçois pas mal de messages optimistes de personnes qui me disent se sentir moins seules, se réjouit-elle. Je pense qu’il n’y a pas un être humain qui traverse la vie sans connaître le moindre malheur. »
Productrice pour la première fois de son spectacle, Caroline Vigneaux a découvert d’autres facettes du métier. Elle a surtout senti le poids du couperet au-dessus de sa tête : « D’un côté, c’est génial, mais c’est aussi un boulot de fou, avec beaucoup de stress, notamment sur le plan financier, admet-elle. J’avais hypothéqué ma maison, donc j’avais la pression : il fallait que ça marche, je ne voulais pas la perdre. J’ai aussi fait en sorte de laisser la place à l’artiste, de ne pas penser seulement comme productrice. »
Bonne nouvelle : ce spectacle a bien conquis le cœur du public et, en parallèle, une autre de ses créations a vu le jour, avec des représentations de sa pièce « Le Cid pète un câble » au théâtre des Maturins. « J’avais emmené mes enfants voir une pièce classique, mais ils n’avaient pas adhéré. Le langage a beaucoup évolué, alors je me suis dit qu’il fallait les y préparer en leur racontant d’abord l’histoire un peu différemment. J’ai mélangé les vers de Corneille aux miens, j’ai tout écrit en alexandrins. J’ai écrit, produit et mis en scène. » Un premier pas vers une expérience de comédienne au théâtre ? « Si le projet me séduit, j’y vais volontiers. »
Caroline Vigneaux joue son spectacle le samedi 28 mars (20 h) au Zéphyr à Hem.