Trois ans après l’avoir déjà dirigée dans Je verrai toujours vos visages, Jeanne Henry retrouve Adèle Exarchopoulos dans Garance. L’actrice y incarne une jeune femme qui souffre d’alcoolisme, mais que la réalisatrice n’a pas souhaité réduire à cette dépendance. « Ce n’est pas un film sur l’alcoolisme, mais plutôt un portrait de femme dans toutes les dimensions de la vie. Son rapport à l’alcool et l’évolution de sa consommation sont effectivement des fils narratifs pour construire l’histoire. »
Jeanne Henry n’a d’ailleurs pas cherché à rencontrer tout un tas de spécialistes ou de personnes touchées par cette addiction : « J’ai croisé une jeune femme alcoolique qui m’a raconté son parcours de femme, sa façon de consommer, ce qui l’avait fait basculer jusqu’au moment où elle s’était arrêtée. Ça m’a captivée et c’est ça que j’ai voulu retranscrire à travers le personnage de Garance, indique la réalisatrice. C’est une femme jeune, qui a une lucidité partielle sur son état, qui a une consommation extrême mais qui la garde fonctionnelle. Elle arrive à avoir un métier, des amis, des amants. On a beaucoup travaillé car je trouve que fabriquer l’ivresse, c’est casse-gueule et souvent pas très convaincant. Là, Adèle a ajusté avec finesse une touche d’ébriété. »
Pour construire son personnage, Adèle Exarchopoulos a, elle, fonctionné un peu différemment : « Déjà, j’ai revu quelques films, notamment avec Gena Rowlands comme Opening Night, mais en plus, même si l’alcoolisme est l’addiction la plus banalisée de notre époque, j’ai eu envie d’aller voir un groupe de parole dans un service spécialisé, d’aller écouter ces femmes découvrir ce qu’elles avaient en commun dans leur parcours, leur créativité pour le cacher à leurs proches au quotidien, la façon de se sevrer. Ça m’a enrichie pour jouer ce rôle. »
Sara Giraudeau, qui incarne Pauline, dont la rencontre va profondément bouleverser le quotidien de Garance, n’a, en revanche, pas jugé nécessaire de faire ce travail préalable : « J’avais l’expérience d’une très bonne amie de ma mère qui est devenue alcoolique et je sais que celui qui accompagne a du mal à trouver sa place, il ne peut rien faire. J’ai fait confiance au scénario pour retranscrire cette impuissance, précise-t-elle. La force que Jeanne a donnée à ce personnage est assez dingue car Pauline a une patience que je n’aurais certainement pas dans la vraie vie. Mon travail était de faire en sorte que l’on sente que ses failles, ses questionnements vis-à-vis de Garance étaient très intérieurs. Elle se pose des questions mais elle ne la juge jamais. »
« Garance », un film de Jeanne Henry, en salle depuis ce 23 septembre. Avec Adèle Exarchopoulous et Sara Giraudeau.