Une expatriation peut-elle être source d’un nouveau départ ? C’est le souhait le plus cher de Justine (Naïlia Harzoune) lorsqu’elle suit son mari Simon (Léo Dussolier) à Singapour. Au sein d’une communauté de Français privilégiés, elle va néanmoins vite déchanter. La série Singapura, présentée à la mi-septembre au Festival de la fiction de La Rochelle, est diffusée dès ce lundi 2 novembre (21 h 10) sur Canal+. Nous avons rencontré la comédienne principale…
Naïlia, qu’est-ce qui vous a séduite dans cette série ?
« C’est rare de recevoir un scénario où il y a autant de rôles de femmes, parce qu’il n’y a pas que celui de Justine, que j’incarne. Il y a des figures féminines qui sont toutes très singulières. Que ce soit les personnages joués par Ariane Labed (Elisa), India Hair (Clémence) ou Florence Loiret Caille (Chloé), elles sont toutes énigmatiques, en lutte, bouleversées. Elles ont pris un virage dans leur chemin de vie et ça crée une atmosphère particulière qui m’a plu, cette espèce de feu incandescent qu’aucune norme, qu’aucune personne n’arrive à éteindre. »
Cette communauté d’expatriés fonctionne avec ses codes. Avez-vous déjà vécu des expériences similaires ?
« Non, et ça ne m’intéresse pas d’aller dans un autre pays et de n’être qu’avec des gens qui sont de mon pays d’origine. Quand je suis en voyage, quand je fais du tourisme ou même quand je suis en tournage, je trouve ça beau de pouvoir se mêler à une culture locale, à un savoir-faire qui n’est pas le nôtre, comme une petite porte qui s’ouvre. Je trouve dommage de ne pas choisir d’y entrer. Ce qui était bien dans le personnage de Justine, c’est qu’on sent qu’elle est justement très réfractaire à cette idée de ne vivre qu’en communauté. C’est quelque chose qui la perturbe. C’est une femme qui est toujours tiraillée entre deux mondes : celui dans lequel elle vit, entre Français, et celui qu’elle idéalise, celui qu’elle veut, celui qu’elle dessine, qui est un monde qui ne fait pas fi de là où elle est. »
Cette série est l’adaptation d’un livre. L’avez-vous lu avant le tournage ?
« Oui, j’ai adoré et ça m’a beaucoup nourrie, parce qu’il y a des choses dans le scénario qui ont été enlevées du roman, car sinon, ça aurait été beaucoup trop long. C’était important, pour avoir une ligne dramaturgique et des enjeux très clairs, de resserrer l’intrigue sur les personnages. D’autant que c’est une série assez chorale. Le livre l’est encore plus, avec d’autres thématiques qui sont abordées. »
Justine noue des liens forts avec deux autres personnages, Elisa et Adam. Comment avez-vous travaillé ces relations spécifiques ? Notamment avec Soji Arai, qui joue Adam et qui est Japonais.
« On se parlait en anglais. On est tout de suite allés déjeuner ensemble et on s’est raconté nos vies personnelles pour créer justement un lien fort. Mais, comme dans la série, leur première rencontre est un peu abrupte, on a quand même voulu garder ce lien de l’inconnu. Après, plus globalement, c’est comme dans la vie : parfois, on rencontre des gens et on ne sait pas vraiment pourquoi, mais on a envie d’être avec eux. Pas forcément d’être avec eux amoureusement. On a juste envie d’être en leur compagnie. On est curieux d’eux. Ils ramènent quelque chose de nouveau comme énergie en nous. Et j’ai l’impression que mon personnage, quand il arrive, est un peu comme ça, traversé par un petit nuage. Elle ne sait pas très bien ce qu’elle fait là. Elle n’est pas très bien dans son couple et il y a ces deux personnes qui, pour des raisons différentes et à des endroits différents de son intimité, vont lui donner une respiration, vont la bousculer. C’est la personnification de la vie, en fait. »
Pensez-vous que ce soit plus facile de se laisser bousculer, de se libérer quand on est loin de chez soi ?
« Oui, je crois que vous avez raison. Je pense qu’il y a quelque chose de très beau dans l’idée d’aller très loin et d’être avec des gens qui ne nous connaissent pas. Ça permet de faire peau neuve. C’est un peu le rêve de tout le monde : se dire que c’est un nouveau départ ou presque, que l’on peut devenir la personne que l’on a toujours eu envie d’être. L’altérité, ce que l’on projette sur nous, peut devenir notre seconde peau. »
Une partie de la série a été tournée à Singapour, dans un décor exotique. À quel point cela favorise-t-il l’immersion pour une actrice ?
« Se plonger dans l’ambiance de Singapour, c’est du pain bénit. C’était la première fois que j’y allais et je trouve que, dès qu’on arrive à l’aéroport, avec la température, l’air, on sent une vraie particularité. Notre corps le ressent : on est moite, on transpire, on a envie de boire. Il fait très chaud, très lourd et, dès qu’on rentre quelque part, il fait très frais, car tout est hyperclimatisé. Ça crée un rapport au physique. Le décor est finalement un peu un personnage en lui-même, on est baigné en permanence dedans. C’est intrigant, chaleureux et, en même temps, c’est vertigineux parce qu’on ne connaît pas. »
Hormis Singapura, quelles sont vos prochaines actualités ?
« Je serai au cinéma le 2 décembre dans Le Lièvre, un film philosophique et naturaliste de Gonzague Legout, avec Dali Benssalah. J’ai aussi une série d’Audrey Estrougeau, La Vie dont nous rêvions, avec Clara Bretheau, sans doute en 2027, et j’ai tourné le film Tandis que lui, d’Elisa Gilmour, avec Younes Boucif. »
« Singapura », série de six épisodes diffusée sur Canal+ dès ce lundi 2 novembre (21 h 10). Avec Naïlia Harzoune, India Hair, Soji Arai, Cédric Kahn, Ariane Labed, Florence Loiret Caille, Léo Dussolier…