Arte diffuse ce jeudi soir les quatre derniers épisodes de la série « Camarades », réalisée par Benjamin Charbit et Dominique Baumard. Une comédie historique qui revient sur l’université expérimentale de Vincennes, créée par le gouvernement après Mai 1968, infiltrée par les Renseignements gén que, comme Gilles Deleuze, Jacques Lacan ou encore Michel Foucault.
Lors du Festival Séries Mania à Lille, où la série avait été présentée au mois de mars, nous avions pu échanger avec Pierre-François Garel, qui incarne Gérard Gérard, un professeur contestataire.
Mai 1968, ça évoquait quoi pour vous ?
« J’avais vraiment, comme chacun de nous, une vision parcellaire, comme les successions de cartes postales de l’époque. Je n’ai pas particulièrement de famille qui soit ancrée dans ces mouvements-là. En tout cas, on était plutôt en province, donc Paris était loin, les mouvements révolutionnaires aussi. Généralement, c’est par la littérature que je prépare mes rôles, que ce soit pour le théâtre, un film ou une série. J’ai donc lu un livre que m’avaient conseillé les réalisateurs, Benjamin Charbit et Dominique Baumard, mais aussi le travail que Virginie Linhart a fait sur l’université de Vincennes, puisque son père y était. Elle a fait un très beau documentaire en retrouvant ceux qui avaient participé, qui étaient encore vivants, et en les interviewant dans le lieu où était cette université, un lieu dans lequel il n’y a absolument plus rien. La mémoire a été totalement effacée. »
Avec ce que vous avez lu, avec la série que vous venez de tourner, est-ce que vous pensez que vous auriez aimé vivre cette aventure-là ?
« Si je dois donner la bonne réponse, c’est oui, j’aurais adoré. Et si je dois être honnête, je ne sais pas si j’en aurais eu le courage. Parce que je pense qu’il fallait en avoir quand même pas mal pour manifester, pour penser de manière fulgurante une société nouvelle. Quand on voit les personnages qui ont dessiné cette époque-là, notamment Foucault, Deleuze, Lacan, ce sont des personnalités très fortes, des natures presque monstrueuses. On n’a plus vraiment l’équivalent à notre époque. En plus, il y a un côté excessivement théâtral dans cette époque-là, notamment à Vincennes, dans cette université pour l’expérimentation. »
Le fait de se replonger dans les tenues d’une époque, les décors d’une époque, est-ce que c’est quelque chose qui vous plaît particulièrement ?
« J’ai adoré. Il y a un travail en plus de scénographie, de décors, d’accessoires qui a été super. Quand on trouve la bonne godasse, quand on trouve la bonne veste, il y a à peu près 50 % du travail sur le personnage qui est fait. Tout d’un coup, on marche différemment, on se tient différemment. Quand on bouge, le cuir grince. Il y a quelque chose qui nous amène tout de suite à un autre endroit que nous-mêmes, que notre quotidien. Je n’ai pas fait tant de choses d’époque. Beaucoup, jusqu’à présent, me proposaient d’interpréter des juges ou des avocats. Et là, ce n’est pas une fonction. Il est prof, mais on ne me voit quasiment pas enseigner. »
Au-delà de divertir, estimez-vous essentiel qu’une série permette d’entretenir une mémoire des lieux, des événements ?
« Oui, ça entretient une mémoire, ça fait accéder à une pensée. On regarde ça avec humour. On entend la parole de Deleuze, mais il n’y a pas de cadre universitaire, c’est à l’intérieur d’un divertissement. Tout est porté à un rythme très haletant, avec une musique très présente au montage. Je trouve que c’est une série qui réussit le pari de rire haut avec esprit et sans être intimidante. »
« Camarades », épisodes 5 à 8, ce jeudi 1er octobre (21 h 10) sur Arte. L’intégralité de la série est disponible en replay.