« Les certitudes », un regard humain sur le Moyen-Orient

26/12/2025 | Livres

Le premier roman de Marie Semelin connaît un vrai succès.

Puisque la période est assimilée à la paix et parce que le père Noël a peut-être glissé au pied de votre sapin des bons d’achat chez un libraire, Planète Lille vous suggère la lecture du premier roman de Marie Semelin, « Les Certitudes », qui faisait partie des œuvres retenues par la Fnac pour sa rentrée littéraire au mois de septembre.

Journaliste ayant vécu sept ans au Moyen-Orient, dont est originaire son compagnon, l’auteure n’a pas résisté à l’envie d’écrire sur cette partie du monde qui fait partie de sa vie, afin de la montrer différemment de l’image que l’on peut s’en faire à travers les informations télévisées et les conflits qui la traversent depuis des décennies.

« C’est une région réduite à l’actualité, à ce temps gelé où les gens n’ont pas de passé, pas de futur, ne s’inscrivent dans rien, ils ont juste des identités, déplore-t-elle. Il est Israélien, il est Palestinien. OK, mais c’est réducteur. Si je dis “il est Français”, ça veut dire quoi ? On est 70 millions et nous ne sommes pas tous identiques. C’est pareil là-bas. C’est une région qui a aussi droit au romanesque. Je voulais me servir de cette forme pour raconter l’histoire méconnue d’un pays. J’avais commencé à travailler dessus avant le massacre du 7 octobre 2023, mais avec cette guerre atroce, j’avais encore plus besoin de revenir à l’humanité. C’est pour ça que je me suis beaucoup attachée à la construction des personnages : je voulais qu’ils soient complexes et inattendus. »

Des récits qui, habituellement, ne se croisent pas

« Les Certitudes », c’est l’histoire d’une jeune journaliste, Anna, 26 ans, un peu autocentrée, qui partage son appartement parisien avec Simone, une dame de 75 ans aux airs un peu punk, d’origine juive marocaine. Suite au décès de cette dernière et à son souhait d’être enterrée à Jérusalem, Anna va enquêter sur l’histoire de celle qui était devenue son amie et dont la vie fut, en réalité, bien différente de celle qu’elle pensait connaître.

Sur les traces de Simone, de Tel-Aviv à Jérusalem, en passant par Ramallah, en Cisjordanie, Marie Semelin convie le lecteur à un voyage sur des terres qu’elle connaît bien. On y croise un peintre palestinien, dont le travail est mondialement reconnu, reclu chez lui à Ramallah, sur un territoire sous contrôle israélien ou encore un soldat israélien, fan de rock des années 2000, végétarien et grand adepte des plantes, « amené à commettre des actes difficiles à supporter psychiquement pour un être humain ».

Tous ces personnages sont emplis de certitudes qui, au fil du roman, vont finir par vaciller. L’histoire de ce roman, c’est aussi de montrer qu’il ne faut pas essentialiser, ni juger les gens sur des apparences ou des croyances. « Chacun vit dans sa bulle. Je ne voulais pas que mon roman soit neutre, mais qu’il propose différents récits qui, habituellement, ne se croisent pas », poursuit-elle.

Même s’il s’agit d’un roman, Marie Semelin a pris soin de se documenter abondamment avant de traiter un sujet aussi sensible. « C’est totalement fictionnel, mais il était fondamental pour moi que les contextes géographiques et historiques soient véridiques, ça fait partie de mon ADN. J’ai interrogé des gens, j’ai lu des articles, j’ai travaillé avec des universitaires, des historiens. Le sujet est tellement grave et déclenche tellement d’émotions que je ne pouvais pas me permettre de mettre des éléments approximatifs ou faux, insiste-t-elle. Ce conflit nous a plongés dans des gouffres de souffrance tels qu’il nous faudra des décennies pour nous en remettre, si tant est que nous nous en relevions un jour. Mais, à mon échelle, l’écriture de ce livre fait partie de mon processus de guérison. »

« Les Certitudes », de Marie Semelin, aux éditions JC Lattès. 432 pages. Prix : 20,90 €. 

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