« Sambre », l’histoire folle d’un violeur en série passé sous tous les radars

13/11/2023 | A vos télécommandes, Actualités, Télé

Alix-Poisson-ici-avec-Theo-Costa-Marini-incarne-Christine-la-premiere-victime-du-violeur-de-la-Sambre.-©Whats-Up-Films

Pendant plus de trente ans, entre 1988 et 2018, Dino Scala a commis sur les bords de la Sambre plus d’une cinquantaine d’agressions sexuelles sans jamais être inquiété, sans même que le moindre soupçon ne pèse sur lui. Police, justice, politique, médias sont tous passés à côté de cette histoire. Trente années de calvaire pour les victimes dont la parole n’a pas été entendue. Trente années qui en disent long sur le regard porté par la société dans toutes ses composantes sur le viol.

« Certains faits divers deviennent universels car ils racontent mieux que n’importe quoi une société », indique Jean-Xavier de Lestrade, habitué à traiter des sujets sensibles (les affaires Véronique Courjault et Suzanne Viguier par exemple), qui a décidé de s’emparer de cette histoire pour réaliser la mini-série « Sambre », diffusée à partir de ce lundi 13 novembre sur France 2. « J’ai été sollicité par Alice Géraud qui a enquêté et écrit un livre sur cette affaire mais qui s’est aperçue qu’elle ne pourrait pas tout mettre dans son livre et que la série était un format qui pouvait mieux s’y prêter. »

Une histoire sordide dont le réalisateur n’avait que très peu entendu parler, tout comme d’ailleurs Alix Poisson, l’une des ses actrices fétiches, qui incarne la première victime, Christine, à l’écran. « J’ai été très étonnée quand j’ai eu le scénario car j’ai tendance à lire les articles qui concernent ce genre d’affaires et je n’avais pas l’impression qu’elle avait été couverte par les médias. Ça m’a questionnée, avoue-t-elle. C’est fou quand on y pense la responsabilité collective sur la mise sous silence des viols pendant toutes ces années, la difficulté d’entendre qu’un viol peut briser une vie. On parle essentiellement de la justice et de la police mais ces institutions sont juste les reflets de la société. »

En réalisant cette mini-série, Jean-Xavier de Lestrade n’a pas souhaité s’intéresser au parcours du violeur mais bien à celui des victimes, redonner une forme de parole à ces femmes qui n’ont pas été entendues, crues, prises en charge pendant trois décennies et essayer d’analyser les causes de tous ces dysfonctionnements. D’où l’idée de découper la série en six épisodes, chacun étant abordé du point de vue d’un personnage différent : une victime, une juge, la maire d’un village, une scientifique, un policier en charge des dossiers non élucidés et enfin, le violeur, ce monsieur tout le monde que personne ne voulait voir coupable car père de famille, ouvrier modèle, bien inséré socialement, entraîneur au club de football et ami de tous, des élus comme des policiers.

« On voulait traiter les trente ans mais pas sous la forme d’un polar racontant la traque du coupable, poursuit Jean-Xavier de Lestrade. Cette idée d’un personnage par épisode permettait d’avancer dans le temps en explorant différents domaines de la société. »

On mesure ainsi parfaitement les failles des uns et des autres : des policiers qui ne veulent pas s’encombrer de dossiers trop complexes à l’approche de la retraite, une jeune juge à qui l’on met des bâtons dans les roues, une politique qui se heurte au mur d’une opposition et de supérieurs qui lui reprochent de véhiculer une mauvaise image etc ..

Au-delà de ces institutions « Sambre » va même gratter plus loin en pointant la responsabilité de tous et même des proches qui ne veulent pas faire de vagues et souhaitent que leurs compagnes, victimes, gardent le silence pour éviter que ça ne parle sur eux dans le voisinage ou au travail. «  Il y a aussi cette scène entre les femmes de ménage qui est d’une violence dingue puisqu’elles reprochent à l’une d’entre elles d’avoir des avantages « juste » parce qu’elle a été violée », s’indigne le réalisateur. « Le pire c’est que tout ce qui a été écrit est vrai, ça s’est passé. Heureusement on progresse mais quand voit encore la dernière plainte prise en 2012, par une policière, par une femme, la façon dont elle a été mal reçue… La société demande aux victimes de viol de se reconstruire et de passer à autre chose mais je ne pense pas qu’on se reconstruise. Au mieux, on va apprendre à vivre différemment. La femme que vous étiez avant ne pourra plus jamais être la même », insiste Alix Poisson, qui s’est beaucoup documentée sur le sujet pour un court-métrage (1432) qu’elle a réalisé, de son côté, même si celui-ci est davantage axé sur les violences sexuelles faites aux mineurs.

Plus que le récit d’un fait divers, la mini-série « Sambre » de Jean-Xavier de Lestrade, est davantage la radioscopie d’une société avant l’ère « Me too ».

« Sambre », dès ce lundi 13 novembre (21 h 10) sur France 2.

Photo What’s Up films.

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