Chaque mois Planète Lille va à la rencontre d’un élève du Studio 8 de l’école du Nord.Leportrait d’août est consacré à Lysandre Akmese-Euillet.
Il y a parfois des spectacles qui changent une vie. Pour Lysandre, touta commencé au collège, lorsque sa mère l’emmèna pour la première fois au théâtre, à la Comédie-Française. Iel découvrit alors Le Misanthrope. L’expérience fut un véritable choc. « Il y a vraiment eu un avant et un après », se souvient-iel. Jusqu’alors peu attirée par les textes étudiés au collège, l’artiste en herbe venait alors de découvrir dans cette salle un univers qui la fascinait. Mais ce qui le toucha le plus dépassait le spectacle lui-même. Alors qu’iel a été victime de harcèlement scolaire, iel observa ces spectateurs réunis dans le silence, attentifs et respectueux et s’aperçut qu’un groupe pouvait aussi être synonyme de douceur et de bienveillance.
Un moment du spectacle fit définitivement basculer les choses. « Alceste prend Célimène dans ses bras et la fait tournoyer ». Pour Lysandre, cette scène devint une révélation. Iel comprit qu’iel souhaitait aussi, transmettre cette « force de vie, de tendresse, de bonheur, de joie ». De retour à la maison, iel demanda à sa mère de lui acheter le texte de Molière et se mit à dévorer les pièces, découvrant notamment Shakespeare, au point de devenir, selon ses propres mots, « un petit rat de théâtre ».
La suite ne fut pourtant pas un long fleuve tranquille. Pour ses parents, faire du théâtre représentait une voie incertaine. Il fallut batailler pour défendre ce choix. Iel commença par prendre des cours dans une association de théâtre implantée dans les cités, puis intégra une classe préparatoire aux grandes écoles supérieures de théâtre dans les Hauts-de-Seine et passa plusieurs concours avant de découvrir presque par hasard l’existence de l’École du Nord.
À Lille, iel a été séduite par la dimension collective de la formation, interprètes et metteurs en scène travaillant ensemble pour construire un véritable écosystème qu’iel apprécie tout particulièrement.
À l’École du Nord, Lysandre découvre aussi que ses compétences musicales, longtemps considérées comme de simples hobbies, peuvent devenir de véritables atouts professionnels. Un stage de cabaret lui a fait prendre conscience de l’importance de la technique vocale. Le chant, le théâtre et peut-être demain d’autres univers artistiques ouvrent de nouvelles perspectives.
Passionné par le travail dramaturgique, iel s’intéresse à la manière dont les personnages féminins peuvent devenir les véritables moteurs de l’histoire. Une démarche qui correspond à sa volonté de contribuer à « réparer les imaginaires ».
De sa première découverte du Misanthrope à ses expériences lilloises, le parcours de Lysandre semble finalement suivre un même fil : celui d’un théâtre capable de rassembler, de faire réfléchir et de créer de nouveaux imaginaires. À quelques années de ses débuts professionnels, iel se situe au bon endroit au bon moment.