Jules-Edouard Moustic, de Groland à I have a dream, un apôtre de la liberté

16/08/2026 | Télé, Théâtre/Humour

Jules-Edouard Moustic a savouré les années Groland. © Pauline Maillet

Invité il y a quelques semaines au Festival CineComedies de Lens, Christian Bordé, plus connu du grand public sous le nom de Jules-Édouard Moustic, a accepté de revenir sur la formidable aventure de Groland, un ovni télévisuel lancé au début des années 1990 sur Canal+.

Groland, c’est un pays fictif, inspiré des principautés de Monaco et d’Andorre, avec un président à vie, Christophe Salengro, ce qui en fait une « Présipauté ». Celle-ci avait l’ambition de posséder une chaîne d’actualité internationale avec, notamment, un reporter déjanté, Michael Kael (Benoît Delépine), un correspondant local alcoolique (Gustave Kervern) et un présentateur de JT obséquieux, incarné par Jules-Édouard Moustic, qui restera à l’antenne pendant plus de vingt-cinq ans, jusqu’en 2019.

Politiquement incorrecte, Groland a pourtant failli ne pas voir le jour. « J’avais travaillé comme auteur pour Les Nuls, puis pour Les Guignols, et j’avais recruté Benoît Delépine, qui avait en parallèle ce projet de Groland avec Christophe Salengro, se souvient-il. Une première version a été présentée à Alain De Greef, qui trouvait ça intéressant, mais qui ne pensait pas le public prêt à ça. Puis, ayant vécu à Monaco et en Andorre, j’ai apporté ma pierre à l’édifice et on a trouvé un angle qui a, cette fois, convaincu Alain De Greef de dire oui. On ne pouvait évidemment pas imaginer, à ce moment-là, le succès que ça allait avoir. »

Groland est devenu un état d’esprit, un art de vivre particulier. C’était surtout une liberté de ton validée par tous les grands patrons qui se sont succédé sur la chaîne cryptée. « On avait carte blanche, nous n’avons jamais été censurés. Parfois, on sortait des énormités, on éclatait de rire en se disant : “Oh non, non… Oh si !” On doutait trois secondes et demie, s’amuse-t-il. Il y a bien eu quelques nouveaux sous-directeurs ou sous-directrices qui rentraient dans le système, qui étaient payés cher pour nous surveiller. Ils avaient la trouille et voulaient nous refuser des choses comme un mec à poil, alors qu’on l’avait déjà fait plusieurs fois par le passé. On recevait un coup de fil nous disant : “Tel sketch, ce n’est pas possible.” On disait que ça l’était. Eux insistaient avec le non. Ça finissait par un “ta gueule” et on le faisait quand même. Ce ne serait sans doute plus possible aujourd’hui. Avoir duré plus de vingt-cinq ans, c’est incroyable. Tous les ans, on se demandait s’ils allaient nous signer un nouveau contrat et, à chaque fois, c’était oui. »

Sept ans après avoir quitté l’antenne, Jules-Édouard Moustic ne regrette rien et ne s’ennuie absolument pas. Adepte de la photo et de la marche, il passe surtout huit à dix heures chaque jour à écouter de la musique du monde entier pour dénicher des pépites qu’il diffuse ensuite sur sa radio, pleinement autofinancée, sans publicité, qu’il diffuse sur le web et qu’il a baptisée I Have a Dream, en forme de clin d’œil à Martin Luther King.

Une radio sans patron, sans employés : « C’est juste pour dire aux gens ce qu’on peut entendre dans le monde, poursuit-il. Il y a pas mal de soul, de funk, des musiques qui ont bercé ma jeunesse, mais on peut aussi entendre du rap japonais, des choses que l’on n’entend pas sur les radios classiques ou les plateformes musicales qui nous donnent à manger ce que l’on veut. Je suis né avec des gens comme Brel et Brassens, puis j’ai grandi avec le rock, mais le dernier à m’avoir marqué en France, c’est Jean-Louis Murat. »

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