Est-ce que vous pouvez imaginer une ville sans enfants ? On ne plante pas ici le scénario d’un film de science-fiction prochainement sur vos écrans, mais bien la réalité de la ville de Sun City, construite dans les années 1960 dans le désert de l’Arizona, aux États-Unis, dans laquelle on ne peut s’installer qu’à partir de 55 ans et dont la moyenne d’âge est d’environ 75 ans.
Née de l’utopie de l’architecte américain Del Webb, Sun City n’est pas un petit camp retranché, mais bien une ville de 40 000 habitants au sein de laquelle les enfants ne sont autorisés que quelques jours par an et où l’on peut vivre à partir de 19 ans, uniquement si l’on est hébergé chez ses parents, qui prennent l’engagement que leur progéniture ne viendra pas perturber la quiétude des lieux. Les chiens, eux, sont tolérés à condition d’être tenus en laisse et… de ne pas aboyer.
Des règles qui pourraient prêter à sourire si elles n’étaient pas si consternantes. Responsable de la compagnie de théâtre La Virgule à Tourcoing, Jean-Marc Chotteau n’en a pas cru ses oreilles quand il a entendu un reportage à la radio sur cette ville. Il a donc multiplié les recherches et a décidé de le constater de ses propres yeux en se rendant sur place. « J’ai pu y interviewer des habitants et constater que ce n’était pas un Ehpad, mais bien une vraie ville avec un accès gratuit, pour les propriétaires, à différents loisirs comme des bowlings ou des terrains de tennis, confie-t-il. Je dois dire que ce séjour de dix jours a un peu tempéré mon esprit caustique, car j’y ai rencontré des gens très heureux et, quand on voit ce qui se passe chez nous pour les personnes âgées, il n’y a finalement peut-être pas trop lieu de se moquer. Cela dit, cette volonté de rester entre vieux, sans enfants, est quand même insupportable. C’est cette tendance au communautarisme, au repli sur soi que j’avais envie de traiter. »
Jean-Marc Chotteau a donc imaginé l’histoire d’un couple franco-américain parti, depuis quelques années, s’installer dans « ce paradis » pour vieux et qui va recevoir la visite de leur petit-fils de 18 ans, venu leur demander de l’héberger le temps de faire ses études en Arizona, sans savoir que l’accès ne lui est pas autorisé.
« J’avais aussi envie de traiter le conflit de générations. Ça commence comme une comédie, mais ça devient de plus en plus amer au fil du spectacle », précise l’auteur et metteur en scène de cette pièce, qui y tient aussi un petit rôle : celui du représentant de la SCHOA, comprenez la Sun City Home Owners Association, une véritable association privée qui fait office de mairie et de police de la ville. Elle se charge donc de vérifier que toutes les règles sont scrupuleusement respectées par chacun des habitants, essentiellement des membres de la classe moyenne américaine.
À ses côtés, Jean-Marc Chotteau a convié essentiellement des fidèles comme Éric Leblanc et Claire Mirande pour jouer le couple de retraités, ou encore Estelle Boukni, qui incarne leur fille, mais aussi un petit nouveau, Florian Huon, découvert au petit théâtre de Nivelles, où la pièce sera d’ailleurs jouée le 10 avril avant, si tout va bien, de connaître un destin national, voire international.
« Sun City », une pièce de Jean-Marc Chotteau, du 10 mars au 4 avril, au Salon de théâtre de la Virgule, boulevard Gambetta à Tourcoing.