
Connaîtra-t-on un jour la vérité sur le drame du Bugaled Breizh, ce chalutier breton qui a coulé en seulement 37 secondes en 2004 dans les eaux internationale ? Pour la justice française, le dossier est clos depuis 2014. La justice anglaise a, elle conclu à un accident de pêche en 2021 mais nombreux sont ceux qui estiment que la vérité est sans doute ailleurs, peut-être liée à une collision avec un sous-marin présent dans cette zone où se pratiquaient régulièrement des exercices militaires.
La série 37 secondes, dont les premiers épisodes sont diffusés dès 20 h 55, ce jeudi 3 avril sur Arte revient sur cet événement, qui a coûté la vie aux cinq hommes présents sur le chalutier, et plus particulièrement sur le combat mené sans relâche par les familles et les proches des victimes depuis plus de vingt ans pour que l’enquête soit relancée.
« Je ne connaissais pas bien cette affaire, c’est la co-créatrice Sophie Kovess-Brun qui m’en a parlé. L’histoire ayant été bien suivie par la presse locale mais aussi nationale, il existe pas mal de documentations et il y a eu pas mal de rebondissements, de pistes explorées. J’ai trouvé qu’il y avait matière à traiter le sujet et à l’adapter en série », confie la scénariste Anne Landois (créatrice de la série Engrenages).
Les deux femmes ont pu assister à une partie du procès en Grande-Bretagne en 2021, elles ont aussi nourri leur propos d’échanges avec différentes personnes intervenues sur l’affaire comme l’avocat des familles Christian Bergot, le juge d’instruction Richard Foltzer ; le président du comité des pêches du Guilvinec, Robert Bouguéon, « qui se méfiait beaucoup au départ et qui a fini par nous expliquer tout le fonctionnement des marins pêcheurs », mais aussi l’expert sous-marinier Dominique Salles, qui a passé de nombreuses heures à tout décortiquer.
En revanche, aucun entretien n’a été effectué avec les familles des victimes : « Certaines n’auraient sûrement pas souhaité parler et pour celles qui auraient accepté, ça aurait été difficile de ne pas relayer leurs discours et il aurait été difficile de mettre la fiction par dessus, précise Anne Landois. On a donc fait le choix de garder les faits réels mais de se concentrer sur des personnages fictifs inspirés de gens ayant bien existé ».
Marie Madec, belle-sœur d’une victime, en première ligne pour faire bouger les choses, en fait partie. « Il y avait beaucoup de documentations journalistiques mais aussi judiciaire sur cette affaire, ce qui a permis d’en savoir plus sur la façon dont les gens ressentaient tout ça, sur le registre émotionnel, confirme Nina Meurisse, la comédienne en charge de ce rôle. C’était très riche de jouer ce personnage qui part d’un point A pour arriver à un point B très éloigné, cette femme qui porte beaucoup de choses à la maison suite à un accident de son mari et qui va trouver la force de se battre pour défendre tout son petit monde et découvrir ce qu’il s’est réellement passé. Un combat pour la vérité qui suscite pas mal d’interrogations, qui va prendre de l’ampleur. Marie Madec va être de plus en plus écoutée et considérée, ce qui la galvanise. Elle va être observée avec un prisme par lequel on ne l’a jamais regardée et ça va la rendre plus libre, plus grande, plus forte ».
Présentée la semaine passée au Festival Séries Mania de Lille, 37 secondes a obtenu le prix de la meilleure série française.
« 37 secondes », série sur Arte avec Nina Meurisse, Mathieu Demy, Jonas Bloquet et Léonie Simaga. Premiers épisodes diffusés ce jeudi 3 avril (20 h 55) sur Arte.