Il y a neuf mois, Jeanne Cherhal avait pris ses quartiers à Lille pour une résidence de quelques jours et un concert au Splendid le 3 avril, à la veille de la découverte par le grand public de son dernier album sobrement intitulé « Jeanne ».Depuis le bébé a bien grandi et l’artiste retrouve le public nordiste, cette fois au théâtre Sébastopol le jeudi 22 janvier (20 h) dans un contexte forcément différent. « Un spectacle vivant, c’est un mouvement permanent, c’est tout l’intérêt, indique-t-elle. J’ai fait pas mal de concerts, j’ai ajouté des chansons, j’en ai retiré d’autres. »
Jeanne Cherhal garde un souvenir très frais de cette première date de la tournée à Lille : « J’étais revenue sur scène à la fin avec le vinyle qui sortait le lendemain, j’avais tout un stock, plein de gens sont venus m’en acheter et j’ai fait des dédicaces durant près d’1 h 45. »
Un septième album qui s’était fait attendre, la sortie d’un livre et quelques concerts de reprises de chansons cultes du cinéma ayant un peu occupé son temps. « J’ai remarqué que j’avais besoin de ces aérations, de sortir de la binarité album-tournée et d’aller sur d’autres terrains d’expression même si les films , ça restait dans le domaine de la musique. On a besoin de se nourrir et puis c’est toujours très enrichissant. »
L’artiste concède également qu’il a fallu que son vieux pote Benjamin Biolay la bouscule un peu pour qu’elle se mette à plancher sur cet opus : « Une fois que je suis au travail, je n’ai pas peur d’enquiller les séances mais j’ai besoin d’un booster, d’un starter et Benjamin l’a été pour ce disque, explique-t-elle. Je dois avouer que j’étais un peu au ralenti, j’avais dû annuler une trentaine de concerts à cause du Covid et ça m’avait foutu un coup. En plus, j’étais arrivée en fin de contrat avec une Major, je n’avais pas été renouvelée et je me sentais un peu en fragilité en tant que chanteuse. Benjamin a eu cette générosité de me proposer de réaliser l’album si je m’y remettais. Je n’aurais jamais osé lui demander d’autant qu’il ne faisait plus trop d’albums pur les autres, qu’il semblait être plus tourné sur sa carrière d’acteur. »
Très vite s’est imposée l’idée de donner une suite au duo Brant Rhapsodie qu’ils avaient partagé il y a une quinzaine d’années. « Je lui en ai tout de suite parlé mais on a vraiment écrit la chanson « Faut plus qu’on se revoie » le dernier soir de l‘enregistrement ».
Pour le reste, Jeanne Cherhal est vraiment partie d’une feuille blanche mais l’inspiration lui est venue très vite malgré un contexte difficile. « Je n’avais plus de tourneur, plus de maison de disques. J’avais juste Benjamin et ma manageuse. Elle a fait écouter mes chanson dans différentes maisons de disques mais on n’a pas ressenti d’enthousiasme et comme je n’aime pas la tiédeur, j’ai tenté l’aventure en indépendante, précise-t-elle. Le producteur Pierre-Alexandre Verdatier m’a proposé de le cofinancer, c’était un challenge très excitant, j’ai donc cassé ma tirelire. J’ai adoré cette expérience, cette liberté. J’ai aimé mettre les mains dans le cambouis, j’ai pu choisir les gens avec qui je souhaitais travailler. »
Si l’artiste a voulu donner une tonalité légère et joyeuse à cet album, avec notamment la chanson « Jean », clin d’oeil à l’acteur Jean Dujardin. cela ne l’empêche pas d’aborder des sujets graves comme les violences sexistes dans « Les cris des loups » mais aussi la charge mentale ou la ménopause. « Je ne prends pas de pincettes, reconnaît-elle. je dis les choses de manière frontale mais je pense que la distance se met grâce à la musique ».
Jeanne Cherhal sera en concert ce jeudi 22 janvier 2026 (20h) au théâtre Sébastopol à Lille.