Gérard Jugnot : « J’aime que le cinéma ce soit la vie en mieux »

01/04/2026 | A l'affiche, Ciné

Gérard Jugnot a, cette fois, sollicité Philippe Lacheau pour venir jouer dans son film. © JM Leroy - MES Productions-TF1 Films Productions-Malec Productions

Que ce soit comme comédien (Les Bronzés, Le Père Noël est une ordure, Papy fait de la résistance, Les Choristes, Pinot simple flic, Babysitting…) ou comme réalisateur (Une époque formidable, Scout toujours, Meilleur espoir féminin, Monsieur Batignole…), Gérard Jugnot est l’une des figures du cinéma français depuis plus de cinquante ans. Son dernier film, Mauvaise pioche, qu’il a réalisé et dans lequel il joue aux côtés d’une pléiade de grands noms (Thierry Lhermitte, Philippe Lacheau, Jean-Pierre Darroussin, Michèle Laroque…), est sorti en salle ce mercredi 1er avril.

Gérard, l’affaire Dupont de Ligonnès a déjà beaucoup été exploitée en fiction. À quel moment avez-vous décidé d’aller chercher la petite histoire dans la grande histoire ?
« Je n’avais rien de spécial à dire sur ce monstre. Est-ce qu’il est toujours vivant ? J’ai mon avis là-dessus, mais ça relève d’une discussion de café. En plus, à moins de tendre vers l’humour noir, on ne fait pas une comédie avec ça, et ce n’est pas mon genre de film. En revanche, quand j’ai entendu l’histoire de ce pauvre type, Guy Joao, que l’on a pris pour Xavier Dupont de Ligonnès, ça m’a intéressé de voir comment cela peut arriver à un type ordinaire et comment sa vie peut exploser du jour au lendemain. »

Vous traitez des conséquences de cette erreur judiciaire sur son quotidien, mais vous avez aussi imaginé la façon dont il allait rebondir une fois son innocence reconnue…
« On avait commencé à travailler dessus en 2021, un peu après la mort de Guy Joao. Il y avait l’idée de ce policier totalement obsédé par l’affaire, qu’incarne Jean-Pierre Darroussin, mais aussi de ce flic un peu ripou joué par Philippe Lacheau. C’était plutôt pas mal, mais ce n’était pas aussi bien que ce que je voulais. Du coup, je suis parti sur d’autres projets, et puis un jour, j’ai repensé à ce qu’on avait déjà écrit avec Frédéric Hazan, et on s’est remis au travail avec le producteur Marc-Étienne Schwartz. On savait qu’on ne voulait pas faire une heure et demie sur la bavure policière et le temps qu’ils se rendent compte que ce n’était pas lui. On a eu cette envie de lui donner une espèce de revanche, qu’il sorte de ce cauchemar par le haut. J’aime bien que le cinéma, ce soit la vie en mieux. »

Vous avez décidé aussi de souligner l’emballement policier et médiatique ?
« On avait des options de vengeance contre le policier, mais ce n’était pas bien de s’en prendre à une seule personne : il valait mieux s’attaquer à des systèmes, que ce soit dans la police ou les médias, avec certains journalistes de chaînes d’information en continu, des pseudo-experts, des influenceurs qui feraient tous mieux de se taire. Dans une comédie, forcément, on ne prend pas les meilleurs de chaque profession. Après, je décris aussi des flics qui tempèrent l’emballement général en rappelant que ça fait plusieurs fois qu’ils se trompent et qu’ils passent pour des cons. L’erreur est humaine, mais le principe de précaution et les excuses le sont aussi, et ça passe malheureusement souvent à la trappe. Jusqu’à sa mort, Guy Joao a attendu des excuses qu’il n’a jamais eues, mais comme le dit le personnage de Reem Kherici dans le film : “On est là pour informer, pas pour s’excuser.” Après, on a dit que Guy Joao était mort de ça. Visiblement, il était surtout malade, mais forcément, ça n’a rien arrangé. »

Vous avez réussi à réunir un casting de choix avec des acteurs et actrices qui ont compté à différents moments de votre carrière ?
« Oui, il n’y a que Jean-Pierre Darroussin avec qui je n’avais jamais joué. Mais avec Zabou et Laurent Gamelon, on avait fait une pièce ensemble,
Popkins de Murray Schisgal, il y a quarante ans. Michèle Laroque, avec qui j’ai été marié plusieurs fois au cinéma ; Thierry Lhermitte, auquel j’ai pris plaisir à confier ce rôle d’ami pas très fidèle ; sans oublier François Morel, et puis plus récemment des gens comme Reem Kherici, Charlotte Gabris et Philippe Lacheau. C’était top, car j’avais l’impression d’organiser un grand goûter d’anniversaire où tous mes copains viennent jouer. On a donc fait en sorte de donner à manger à chaque personnage, même sur des rôles moins importants, car je sais qu’il n’y a rien de pire pour un comédien que de venir passer les plats et de s’ennuyer. Je crois d’ailleurs que le générique de fin montre que tout le monde s’est bien amusé. »

Parlez-nous de cette relation presque filiale qui vous unit à Philippe Lacheau ?
« Il était venu me chercher pour
Babysitting car ils avaient besoin d’un petit nom pour monter leur film. Le scénario était très bon, je leur ai fait confiance, et j’ai eu raison, car ils ont, lui et sa bande, un talent fou. Ce sont des bosseurs, des gens simples. Depuis, je suis un peu leur mascotte, et il est hors de question qu’ils fassent un film sans que je sois dedans, même pour un petit clin d’œil (rires). À l’époque, il avait besoin d’un ancien ; là, j’avais besoin d’un jeune, donc j’ai sollicité Philippe. Il a dit oui tout de suite, il a accepté de sortir de sa zone de confort. C’est un mec que j’adore. »

Mauvaise pioche, de Gérard Jugnot, en salle depuis ce mercredi 1er avril. Avec Gérard Jugnot, Philippe Lacheau, Jean-Pierre Darroussin, Thierry Lhermitte, Michèle Laroque, Charlotte Gabris, François Morel…

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