Elle a beau entrer sur scène avec des gants de boxe dans son dernier spectacle, « L’expérience de la vie », qu’elle jouera le 21 mars (20 h) au Zéphyr à Hem, Anne Roumanoff ne considère pas qu’il faut forcément se battre pour rester en haut de l’affiche mais l’humoriste, qui fêtera l’an prochain ses quarante ans de carrière, ne laisse toutefois rien au hasard.
« Je m’étonne parfois que les gens viennent encore me voir, que ça dure depuis 39 ans, avoue-t-elle. C’est un petit miracle, mais en même temps je travaille beaucoup, j’évolue, je ne fais plus les mêmes choses qu’en 1987. Je suis à l’affût de ce qui se passe et surtout je prends toujours le même plaisir à monter sur scène. C’est une chance de faire le métier que l’on aime et que ça marche depuis si longtemps. »
Le secret de sa longévité ? « Je crois que je suis bien ancrée dans l’époque, indique-t-elle. J’ai des enfants, je côtoie des gens plus jeunes que moi et j’ai une curiosité. J’observe beaucoup, je m’intéresse aux gens, aux changements. »
Les évolutions de la vie, de la société nourrissent une partie de son spectacle. « Je me nourris de ce que je vois, des gens qui s’expriment en vidéo sur Internet, et j’y ajoute mon ressenti, poursuit-elle. Je raconte ce que je ressens, mais je ne juge pas, car ça ne sert à rien. Je fais des constats. Il y a beaucoup de problèmes et il n’est donc pas difficile de trouver des thèmes à aborder, mais il faut trouver comment rendre drôles des choses qui ne le sont pas. En même temps, on ne fait pas rire avec le bonheur. »
Sur scène, Anne Roumanoff varie les genres : elle attaque avec du stand-up, mais elle a aussi des sketches avec des personnages et n’hésite pas à interagir avec le public. Elle finit également avec un peu de politique, en essayant de toujours coller à l’actualité : « Je parle évidemment de l’instabilité depuis les élections européennes, j’évoque Barnier, mais aussi Trump, Macron ou Poutine, poursuit-elle. Après, ce n’est pas parce qu’il y a de la matière, des choses incongrues, que c’est forcément facile d’écrire des choses drôles dessus. »
Formée à Sciences Po, davantage pour s’assurer un avenir au cas où sa carrière d’artiste ne fonctionnerait pas que par appétence pour la politique, Anne Roumanoff utilise en revanche son cursus pour « prendre du recul et mesurer les conséquences de ce que je dis. Ça permet aussi d’éviter les travers démagogiques comme le “tous pourris”, “tous des cons”, sachant que ça n’a aucun intérêt. »
L’artiste a toujours cherché à donner du sens à ce qu’elle faisait et c’est aussi pour cela qu’elle espère mener à bien le projet de film qu’elle a dans les tiroirs depuis quelques années. « Je suis prête, j’ai le scénario, les acteurs, il faut les financements, se désole-t-elle. Je suis un peu frustrée que ça prenne tant de temps. Dans l’art, c’est important qu’il y ait une nécessité à dire les choses. Pour moi, ce film est nécessaire dans ce que j’ai envie de raconter. J’espère donc qu’on va me laisser le faire. »
En attendant, c’est toujours sur scène que l’artiste véhicule ses messages, bien consciente de la responsabilité qui lui incombe d’être à la hauteur du temps que les gens veulent bien lui accorder en lui consacrant leur soirée.
Anne Roumanoff sera au Zéphyr d’Hem, le samedi 21 mars (20 h), avec son spectacle « L’expérience de la vie ».