Si vous n’allez pas au théâtre, alors le théâtre viendra à vous. Du moins en partie. Soucieux de donner une deuxième vie à certains de ses spectacles, Jean-Marc Choteau, le directeur du théâtre La Virgule à Tourcoing, a en effet décidé d’en mettre quelques-uns en ligne sur la chaîne de sa compagnie.
« Depuis quelques années, nous réalisons des captations de bonne qualité. Ces vidéos sont des instruments de travail dont nous nous servons avec certains de mes confrères, notamment pour se remémorer certaines choses dans le cadre d’une reprise, explique-t-il. Là, nous avions trois spectacles qui, vu la conjoncture difficile, risquent de ne plus tourner, soit en raison des incertitudes budgétaires, soit parce qu’ils ont des décors lourds qui nécessitent des frais plus importants pour les transporter. Certains ont encore tourné cet été, mais je me suis dit que les mettre à disposition sur notre chaîne YouTube pourrait servir à des étudiants ou des professeurs, d’autant qu’ils seront bientôt accompagnés de dossiers pédagogiques et de petites interviews. »
Des spectacles qui datent tous de moins de cinq ans, le plus ancien étant un classique : L’École des femmes de Molière. « C’est une pièce créée en 1662, mais qui, à l’ère de “Me too” et “Balance ton porc”, est d’une actualité incroyable, avec ce personnage d’Arnolphe, qui fait élever sa future femme dans l’ignorance afin qu’elle soit sotte et n’ait pas de velléité de le tromper, indique Jean-Marc Choteau. On ne soupçonnait pas que Molière était un défenseur du féminisme. C’est un mélange de comédie et de tragédie, et j’ai poussé dans ma mise en scène vers quelque chose de risible. »
La deuxième pièce, Mademoiselle Julie d’August Strindberg, un écrivain suédois, a été interdite à la fin du XIXᵉ siècle avant de devenir l’une des plus reprises et jouées à l’international. Elle évoque la rouerie, la manipulation d’un homme sur une femme, avec des conséquences dramatiques lorsqu’elle comprend que les belles promesses n’étaient que des paroles en l’air et qu’elle s’est fait duper.
Enfin, la troisième œuvre proposée est signée Herman Melville, à qui l’on doit Moby Dick. Il s’agit de Bartleby. « C’est une pièce du XIXᵉ siècle, mais qui est aussi d’actualité. Elle a connu un grand succès quand je l’ai adaptée après le Covid. Elle évoque le rapport des gens au travail, cette volonté d’en faire le moins possible qui est de plus en plus à la mode, explique-t-il. Ce Bartleby a été engagé comme clerc de notaire, mais très vite, il se met à refuser toutes les tâches qu’on lui demande en répétant inlassablement cette phrase : “I would prefer not to”, ce qui laisse son patron pantois. Aujourd’hui, dans ces cas de réticence au travail, on parle d’ailleurs de syndrome de Bartleby. »
Jean-Marc Choteau espère que le public prendra le temps de découvrir ces trois pièces sur YouTube et il n’exclut pas d’en ajouter d’autres à l’avenir si l’intérêt se fait sentir. L’homme espère aussi, par cette initiative, donner l’envie aux gens de revenir dans les théâtres, en ciblant notamment les jeunes : « Comme la population, la fréquentation des théâtres vieillit, et comme les adolescents passent de plus en plus d’heures sur les écrans, on essaie d’aller chercher le public là où il se trouve », conclut le metteur en scène, actuellement en pleine préparation de sa prochaine pièce, Sun City.
Retrouvez les pièces sur https://www.youtube.com/@theatrelavirgule