Vincent Dubois ne veut surtout pas perdre le côté artisanal des Bodin’s

30/07/2026 | Actualités, Ciné, Théâtre/Humour

Vincent Dubois incarne depuis plus de trente ans la Maria Bodin @ Sabrina Mariez

Invité de l’édition 2026 du Festival CineComedies à Lens, le comédien Vincent Dubois était venu, en juin, sans son camarade Jean-Christian Fraiscinet, évoquer leur premier film, Mariage chez les Bodin’s, projeté pour l’occasion. Les deux hommes seront de nouveau réunis sur scène le mardi 3 novembre, au théâtre Sébastopol de Lille, pour une soirée spéciale « Absolutely Hilarious », aux côtés d’Antonia de Rendinger et Laurent Barat. Planète Lille a profité de son passage dans le Pas-de-Calais pour aller à la rencontre de celui qui campe la redoutable Maria Bodin…

Vincent, la tournée des 30 ans, entamée en 2025, n’en finit plus. De nouvelles dates sont prévues en 2027…

« Oui, ce n’était pas prévu. Ça a marché encore mieux que ce que l’on imaginait. Du coup, on a décidé de prolonger un peu en se disant qu’avec la campagne présidentielle à venir, les Bodin’s auraient bien des choses à raconter là-dessus. »

Adapter régulièrement le spectacle à l’actualité, est-ce l’une des clés de votre longévité ?

« C’est devenu notre marque de fabrique. Les gens sont friands de tout ça, ils attendent de savoir ce que les Bodin’s vont penser de tel ou tel sujet. Ça nous oblige à regarder tout ce qui se passe et à voir l’actualité avec un prisme différent. On essaie de ne pas forcément faire passer ce que, nous, on pense. C’est toujours intéressant de faire réagir ces personnages pleins de bon sens, à la façon des brèves de comptoir, des anciens de chez nous. Les Bodin’s sont un peu devenus des ambassadeurs des petites gens. Le spectacle vivant permet de se renouveler sans cesse, de tester, de revoir sa copie, de formuler différemment si besoin, d’un jour sur l’autre. »

Ce qui marque avec les Bodin’s, ce sont aussi les moyens déployés sur la tournée pour reconstituer, à chaque fois, le décor de la ferme…

« Oui, c’est une énorme machine : dix semi-remorques sur la route, plus de soixante personnes mobilisées et les animaux pour chaque spectacle. On n’aurait jamais imaginé, au départ, faire des choses pareilles. Quand on nous a proposé les Zéniths, on s’est dit que nous n’étions pas faits pour ce genre de salle. On avait commencé à créer ce spectacle de plein air dans une vraie ferme en 2005. Dans notre région, il y a beaucoup de spectacles son et lumière historiques et on s’était dit que ce serait bien de faire quelque chose de similaire, mais en comédie. On a donc imaginé les Bodin’s dans la cour de leur ferme. Ça fait plus de vingt ans que ça dure et plus de dix ans que le spectacle tourne partout en France. Le ciel a été bienveillant avec nous, tout s’est fait progressivement. Ça a permis de garder ce côté artisanal qu’il ne faut surtout pas perdre, au risque de se perdre en route. »

Les Bodin’s sont aussi passés de la scène au cinéma en 2008 avec, justement, Mariage chez les Bodin’s, programmé par le festival CineComedies. Quels souvenirs en gardez-vous ?

« La première chose, c’est le doute. Quand Éric Le Roch, le réalisateur, est venu nous proposer d’adapter les Bodin’s au cinéma, nous étions très sceptiques. Nous sommes de grands défenseurs du spectacle vivant, de la scène, parce qu’on vient de là, c’est notre ADN, et on ne pensait vraiment pas que ces personnages étaient faits pour le cinéma. Éric nous a convaincus. Il a eu cette idée du reportage caméra à l’épaule. On avait très, très peu de moyens. On a tourné en six jours. Je crois que le budget du film, c’était 96 000 euros. Inutile de dire que c’était vraiment au ras des pâquerettes mais, au final, on en est fiers. Depuis, on a fait d’autres films avec plus de budget et je trouve qu’on n’a pas réussi à faire mieux. Il y avait, je pense, une vérité, de la tendresse. Ce que l’on fait comme ça, avec l’énergie des débuts, de la jeunesse, après, on passe son temps à le rechercher. Quand on a fait beaucoup de camping, on a envie d’être à l’hôtel et puis, quand on est à l’hôtel, on regrette le camping. Je regarde toujours Mariage chez les Bodin’s avec plaisir. C’est mon préféré, même s’il est plein de défauts. »

Quatre autres films ont suivi…

« On a eu de plus gros moyens, on a adapté notre jeu aussi, parce que c’est quand même vraiment différent. C’est un autre métier. Au début, on faisait tout le contraire de ce qu’il fallait faire, car on était dans l’énergie du théâtre. On avait tendance à grossir le trait. On a appris aussi à faire du cinéma. »

Les Bodin’s ont voyagé en Thaïlande, en Corse, au Maroc… Quelle est la prochaine destination ?

« Ce qui est drôle, c’est qu’au début, nous étions persuadés qu’il fallait les faire vivre chez eux, en autarcie, que c’était comme ça qu’on en tirerait l’essence. Et puis, très vite, on s’est aperçus qu’en fait, c’était le contraire. Il fallait vraiment confronter ces personnages à la modernité. Je ne sais pas encore ce que l’on va faire. On a des idées, des gens aimeraient que l’on fasse vite quelque chose mais, avec Jean-Christian, on freine des quatre fers. On ne cherche pas une destination, on cherche une histoire. Qu’est-ce que l’on va raconter dans le prochain film ? Dans Les Bodin’s partent en vrille, on défendait quelque chose dont on avait envie de parler : la désertification des campagnes. On cherche donc un autre thème que l’on veut aborder. Quand tu n’as plus besoin de faire ce métier pour manger, je trouve qu’il faut avoir l’honnêteté de ne pas faire de l’alimentaire. Je ne jugerai jamais des comédiens qui ont fait des choses moyennes parce qu’ils avaient besoin de travailler, de nourrir leurs enfants. Mais quand t’as bien gagné ta vie, je trouve que ce n’est pas très bien d’en faire. »

Est-ce que la limite des Bodin’s sera physique, puisque je sais que votre dos est mis à rude épreuve avec la posture de Maria Bodin ?

« Sans doute. C’est vrai que j’ai un préparateur physique avec moi en tournée, que je vois régulièrement un kiné, un ostéopathe. Je fais très attention à mon hygiène de vie. Avant, j’aimais bien, après les spectacles, boire deux ou trois canons, sortir la guitare et me coucher à point d’heure, mais je ne le fais quasiment plus. On se croit indestructible, on pense que ça n’arrive qu’aux autres mais, quand les emmerdes de santé te tombent dessus, que la souffrance est là, ça remet tout à plat. Et puis, après, il y a l’aspect psychologique. Il faut rester des enfants pour continuer à jouer, que ça t’excite, que ça t’amuse. Sinon, il faut savoir s’arrêter, ne pas en faire un drame et faire d’autres choses. »

Dernière question : comment réagissent les gens quand ils vous découvrent sans votre tenue de scène ?

« On a fait quelques émissions à visage découvert, donc la plupart nous reconnaissent désormais et on n’a jamais cherché à entretenir le mystère. Mais ce qui est bien, c’est que les vraies stars, ce sont nos personnages, ce qui nous permet d’avoir une vie presque normale. Je pense que j’aurais mal vécu le fait d’être idolâtré.»

Les Bodin’s seront sur la scène du théâtre Sébastopol de Lille le mardi 3 novembre (20 h 30), dans le cadre d’une soirée « Absolutely Hilarious », aux côtés d’Antonia de Rendinger et Laurent Barat.

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