« On n’empêche pas un oiseau de chanter ». Cette phrase, devenue le titre du double spectacle exceptionnel qu’elle délivrera au théâtre Marigny à Paris, les 20 et 21 mars, la chanteuse nordiste Isabelle Aubret l’avait prononcée à une dame dans la rue qui regrettait de ne plus l’entendre depuis qu’elle avait cessé les récitals.
À 87 ans, l’artiste est d’ailleurs de retour sur scène. Pour célébrer ses 70 ans de carrière, mais aussi pour lutter contre l’oubli. Pas le sien, mais celui de nombreux géants de la musique qu’elle a fréquentés durant son parcours. « Un jour, j’écoutais un jeu à la télévision : ils ont passé la chanson Amsterdam et le candidat ne connaissait ni le nom ni l’interprète. Ça m’a fait un choc, avoue-t-elle. Je me suis dit qu’il fallait parler de ces auteurs, être en quelque sorte une messagère. »
Brassens, Brel, Ferrat ou encore Aragon s’invitent donc dans ce spectacle où Isabelle Aubret va bien sûr beaucoup chanter, mais où elle va surtout se raconter, ce qui est inédit pour elle. « Je vais parler de ma vie, de mon enfance dans le Nord, celle d’une fille d’ouvrière, fière d’avoir travaillé à l’usine avec des femmes que je n’ai pas oubliées, mais aussi de mon passé de championne de France de gymnastique », sourit-elle, précisant qu’elle a toujours été une grande sportive, s’essayant au tennis, à la plongée sous-marine, à la planche à voile ou encore au deltaplane, ce qui lui a permis de garder la santé.
Isabelle Aubret n’occultera pas les moments difficiles, comme cet accident de voiture qui l’a empêchée de tourner dans le film Les Parapluies de Cherbourg. « Je parle de tout : je suis tombée souvent, mais à chaque fois je me suis relevée, et ça a été à chaque fois un renouveau », assure-t-elle.
Ce spectacle, la native de Marquette-lez-Lille espère ensuite le jouer en province, et notamment dans le Nord, « dans un petit théâtre pour créer une vraie proximité, que les gens aient l’impression d’être dans mon salon ».
Pour le préparer, Isabelle Aubret chante chaque matin dans son studio et, malgré l’étendue de son répertoire, toutes ses chansons lui sont encore familières. Le plus dur fut finalement de faire une sélection : « Quand on fait une carrière si longue, c’est compliqué de monter un tour de chant. Il y a des titres comme C’est beau la vie que je ne peux pas éviter, mais il fallait faire des choix. »
Désignée, à une époque, meilleure chanteuse du monde au Japon, elle a décidé de se confier sans retenue et le plus naturellement possible : « J’ai refusé d’apprendre un texte par cœur. J’entre en scène comme une enfant et je raconte les choses comme elles viennent, indique-t-elle. C’est un spectacle vivant : je préfère dire des bêtises, faire des erreurs, mais que ce soit spontané. Mes propos seront bien sûr soulignés par des chansons. Il y aura des moments un peu mélancoliques, mais les gens me disent surtout que je leur donne un moral d’enfer. »
« On n’empêche pas un oiseau de chanter », un spectacle d’Isabelle Aubret au théâtre Marigny à Paris, les 20 et 21 mars.